Tag Archives: Marlboro light

Amour 2.0

21 fév

                   Révolue l’époque où les mecs poireautaient à la sortie des lycées à grand renfort de Marlboro lights en attendant les filles qui se laissaient draguer. L’amour 2013 se trouve sur ordinateur par la magie d’adopteunmec.com, élu site de l’année par les magazines branchés et leurs bobos de lectrices.
                   C’est la grande nouveauté : Juliette ne se gêne plus pour crier sur les toits qu’elle cherche et trouve ses Roméos sur la toile. Le principe est connu : madame se balade dans les rayons, monsieur attend. Elle le jette dans son caddie, il affiche l’air content.  Pas de RSL ni de marivaudage. Au supermarché des rencontres, la cadresup’ aussi à l’aise dans ses Louboutin que dans ses baskets à talon choisit selon l’envie du jour, sans risque de passer pour la nympho de service ou la mal-baisée chronique. Un baroudeur à barbe de trois jours buvant sec et tirant sur des cigarillos, les jours de fêtes ; un agrégé de lettres aux ongles polis, les jours de semaine; un fou d’ Arte + 7, le dimanche soir. L’arrière boutique aux stocks sans cesse réapprovisionnés regorge d’articles mâles tous plus tentants les uns que les autres et propose même, à l’intention des gloutonnes, des spécialités régionales : le Corse ténébreux, le Marseillais supporteur de l’OM, le Sarthois caritatif, l’apatride méditatif. Qu’on se rassure : les produits dont la composition ou la provenance ne sont pas tout à fait sûres sont dégagés au même titre que, chez Fauchon, la lasagne au cheval roumain.  Et pas de temps à perdre : l’amour 2.0  est un produit qui se consomme vite fait bien fait, économie faite de l’amour et du hasard. Deux ingrédients définitivement has been.

Jeanne Ably

Girly

4 mai

Filles d’un côté, garçons de l’autre, comme au bon vieux temps. C’est la « girly party » remise au goût du jour. Mieux : devenue un phénomène de mode, sorte de rituel pour trentenaires accomplies.  

Nostalgie des soirées pyjamas… Vingt ans ont passé, comme chez les Trois mousquetaires : la nunuche à couettes est devenue desperate housewife qui, telles ses héroïnes de la série, raffole de se retrouver entre copines, loin des contingences domestiques et des effluves de bière. Bon prétexte pour fourguer les marmots aux papas, experts désormais proclamés en couches-culottes et rototos. Place faite aux coquettes : remise de cadeaux, cris d’hystérie à la vue des dernières Louboutin. Éclats de rire, profusion de potins… On chante à tue-tête, on fait des chorés sur le dernier tube à la mode. Trois mots sur le régime protéiné de l’une et sur le cours de gym suédoise de l’autre, avant de passer aux sujets graves : péroxidation, épilation. La vergogne n’est plus de mise. Le tout bien entendu, en grillant ce qu’il faut de Marlboros light et en sirotant du Dom Perignon, lesquels ont remplacé le quatre-quarts et le Coca.  Mais surtout, ça parle mecs, le cellulaire sur les genoux.  Dès fois qu’on recevrait un appel… Tiens, justement, un SMS. 

Le cœur nous bat. 

J.A

 

 

La Parisienne

4 jan

Photo : Blandine Lejeune

 

Figure majeure de notre patrimoine et vrai Caractère de La Bruyère, tantôt fustigée et tantôt célébrée, dans tous les cas objet de convoitises, la Parisienne, tel le bobo, n’en finit pas de faire couler l’encre. Une exposition lui est présentement consacrée aux Galeries Lafayette, prétexte à pipeleter.

       Ni déballage de chair ni string qui dépasse, le cheveu savamment décoiffé, la touche de maquillage idoine sans Botox ni bling-bling, la Parisienne est toujours au top. Ce n’est pas nous qui le disons : l’élégance à la française est une évidence internationalement proclamée. La Parisienne ne se gêne pas pour relooker son mec, des fois qu’elle l’aurait connu en marcel et en chaussures pointues. Elle fait de ses enfants des fashion victims dès le bac à sable. Quant à son intérieur,  chaque détail en est chiadé à mort, de l’applique murale jusqu’au coquetier. La déco, ça la connaît : plus au courant que Wikipédia,  elle chine ses meubles à la Croix Rouge et rougirait d’être vue chez Ikea. Si son mec est bricoleur, c’est l’idéal : rien de plus chic que le fait-maison.

       La Parisienne est au régime depuis l’aube des Temps. Ça ne l’empêche pas d’être plus portée sur la bouteille que sur le sport en salle. Toutes les occasions lui sont bonnes de se taper un p’tit verre en se grillant une  Marlboro light. Autre boisson fétiche : le p’tit noir ( tout est p’tit avec elle ) qu’elle boira sur le zinc en feuilletant le Parisien, son i-Phone 4 à la main.

       Côté mondain, la Parisienne, femme accomplie, parlera du prix du mètre carré dans les dîners en ville, ceux qui rassemblent les genres et les réseaux à grand renfort de cartes de visite (avocats, écrivains, comédiens, call girls, docteurs ès squelettes de Pygmées). Elle se vantera  de sa dernière acquisition-vente-presse à la faveur d’une girly party strictement interdite aux maris, définitivement relégués aux couches-culottes et aux poussettes.

       Plus généralement, cet être survolté a le sens de  la « nigth » et du loisir éthylique,  un goût prononcé pour le name-dropping et les virées du week-end. Fondue de musique et djette à ses heures, elle passe derrière les platines dès que l’occasion se présente, même le jour de son mariage, puisqu’un mariage est aujourd’hui de bon ton (moins vulgaire que le Pacs).

       Ses traits de caractères ne sont un secret pour personne : égoïste, contestataire, râleuse, resquilleuse, la Parisienne, malgré une éducation au cordeau et des écoles privées hors de prix, dit à peine bonjour et n’arrive jamais avant dix heures du soir à un dîner. Elle a toujours trop froid ou trop chaud. Elle déteste le dimanche et encore plus le lundi. Elle vomit la baguette trop cuite, le métro aux heures de pointe, les escalators en panne. Elle prend les sens interdits en Vélib ( qu’elle rendra à la 29e minute, la première demi-heure étant gratuite ), elle remonte la queue du cinéma, elle se bourre dans les cocktails. À la moindre anicroche elle vous engueule. C’est par-dessus tout une emmerdeuse. Faut dire qu’elle a de qui tenir. Louise Michel, Simone de Beauvoir, Isabelle Thomas, Yvette Roudy, Ségolène Royal, Catherine Deneuve sont ses modèles, dont la liste n’est pas close.

Jeanne Ably

 La Parisienne Du 1er avril au 4 juin 2011 aux Galeries Lafayette du mardi au samedi de 11h à 19h ( entrée libre )

Street shopping

11 août

La rue est leur terrain de chasse.
Loin du “smirteur” (contraction de smoking et de flirting) qui drague la chair fraîche du bitume en grillant ce qu’il faut de Marlboro light, le “street shoppeur” – souffrez ce néologisme franglicisant – bat le pavé pour dénicher la vieille paire de bottes, le canapé vintage ou le livre introuvable (premier tome des mémoires d’André Salmon chez Gallimard, par exemple) laissés à l’abandon au coin de la rue, par suite d’on ne sait quel déménagement ou autre avatar domestique.
Usage vieux comme le monde, mais qui trouve maintenant sa place dans la sacro-sainte catégorie des phénomènes de mode.
Le bobo, que l’odeur du neuf débecte, l’a compris : bien plus chic qu’Ikéa, qui ne sert qu’à assouvir la fièvre acheteuse du quidam, le trottoir offre à l’élite cette occasion inouïe de pouvoir consommer malin sans contribuer à la production de masse qui tue, comme chacun sait, notre  planète à petit feu.
Moyen pratique et sans grand risque, en outre, de revendiquer son appartenance à la corporation aristocratique des pauvres hères, et même de justifier son récent emménagement à la Goutte d’Or.
Parfum de cour des Miracles, nostalgie de l’épave.
Plus de honte à faire les poubelles ! Désormais, on repeint, on lave, on rapièce, on ressemelle sans la moindre pudeur, pourvu qu’on n’ait pas la même table que tout le monde !

J.A

 


Social Widgets powered by AB-WebLog.com.