Tag Archives: marcel

SWAG

4 juil

De Shakespeare à Kanye West, il n’y a qu’un pas, un pas de vocabulaire. Si le premier utilise le verbe swagger (fanfaronner, frimer) en 1515 dans le Songe d’une nuit d’été, le second se voit couronner « roi du swag » par des contingents de fillettes en compensées et sac à main Martin Margiela.  Réapparu en douce dans les années 30 pour qualifier ce rouleur de mécaniques de Sinatra, puis repris en force par la scène r’n’b américaine, ce terme, dont se pourlèchent quelques hipsters boutonneux et autres journalistes en mal d’anglicismes, signifierait qu’on a de l’allure. Pas élégant (ennuyeux) ni chic (snob et vieillot), mais « stylé ». Cool, quoi – et plus encore. Ce qui compte, c’est la façon dont on porte le vêtement. N’est pas Brando qui veut : lui seul peut s’exhiber en marcel sans friser le Dupont la Joie. Idem pour Nicolas Cage, qui endosse sa veste en croco «comme symbole de sa personnalité et de sa passion pour la  liberté» dans le cultissime Sailor et Lula. Le swag, on l’aura compris, est ce petit truc en plus qui résiste au temps. Cela dit, le vocable en question, qui actuellement se répand comme un virus sur la blogosphère, disparaîtra, soyons-en sûrs, dès que les gourous de la Culture street l’auront jugé indigne de franchir la grille des cours de récré. Au suivant !

Jeanne Ably

 

La Parisienne

4 jan

Photo : Blandine Lejeune

 

Figure majeure de notre patrimoine et vrai Caractère de La Bruyère, tantôt fustigée et tantôt célébrée, dans tous les cas objet de convoitises, la Parisienne, tel le bobo, n’en finit pas de faire couler l’encre. Une exposition lui est présentement consacrée aux Galeries Lafayette, prétexte à pipeleter.

       Ni déballage de chair ni string qui dépasse, le cheveu savamment décoiffé, la touche de maquillage idoine sans Botox ni bling-bling, la Parisienne est toujours au top. Ce n’est pas nous qui le disons : l’élégance à la française est une évidence internationalement proclamée. La Parisienne ne se gêne pas pour relooker son mec, des fois qu’elle l’aurait connu en marcel et en chaussures pointues. Elle fait de ses enfants des fashion victims dès le bac à sable. Quant à son intérieur,  chaque détail en est chiadé à mort, de l’applique murale jusqu’au coquetier. La déco, ça la connaît : plus au courant que Wikipédia,  elle chine ses meubles à la Croix Rouge et rougirait d’être vue chez Ikea. Si son mec est bricoleur, c’est l’idéal : rien de plus chic que le fait-maison.

       La Parisienne est au régime depuis l’aube des Temps. Ça ne l’empêche pas d’être plus portée sur la bouteille que sur le sport en salle. Toutes les occasions lui sont bonnes de se taper un p’tit verre en se grillant une  Marlboro light. Autre boisson fétiche : le p’tit noir ( tout est p’tit avec elle ) qu’elle boira sur le zinc en feuilletant le Parisien, son i-Phone 4 à la main.

       Côté mondain, la Parisienne, femme accomplie, parlera du prix du mètre carré dans les dîners en ville, ceux qui rassemblent les genres et les réseaux à grand renfort de cartes de visite (avocats, écrivains, comédiens, call girls, docteurs ès squelettes de Pygmées). Elle se vantera  de sa dernière acquisition-vente-presse à la faveur d’une girly party strictement interdite aux maris, définitivement relégués aux couches-culottes et aux poussettes.

       Plus généralement, cet être survolté a le sens de  la « nigth » et du loisir éthylique,  un goût prononcé pour le name-dropping et les virées du week-end. Fondue de musique et djette à ses heures, elle passe derrière les platines dès que l’occasion se présente, même le jour de son mariage, puisqu’un mariage est aujourd’hui de bon ton (moins vulgaire que le Pacs).

       Ses traits de caractères ne sont un secret pour personne : égoïste, contestataire, râleuse, resquilleuse, la Parisienne, malgré une éducation au cordeau et des écoles privées hors de prix, dit à peine bonjour et n’arrive jamais avant dix heures du soir à un dîner. Elle a toujours trop froid ou trop chaud. Elle déteste le dimanche et encore plus le lundi. Elle vomit la baguette trop cuite, le métro aux heures de pointe, les escalators en panne. Elle prend les sens interdits en Vélib ( qu’elle rendra à la 29e minute, la première demi-heure étant gratuite ), elle remonte la queue du cinéma, elle se bourre dans les cocktails. À la moindre anicroche elle vous engueule. C’est par-dessus tout une emmerdeuse. Faut dire qu’elle a de qui tenir. Louise Michel, Simone de Beauvoir, Isabelle Thomas, Yvette Roudy, Ségolène Royal, Catherine Deneuve sont ses modèles, dont la liste n’est pas close.

Jeanne Ably

 La Parisienne Du 1er avril au 4 juin 2011 aux Galeries Lafayette du mardi au samedi de 11h à 19h ( entrée libre )

Marcel

28 oct

 

Éloignons-nous un instant des vestiaires et oublions le débardeur de Brando (encore lui) dans son Tramway nommé Désir. On déplorera éternellement d’apercevoir ce genre de pompe-sueur sur d’autres torses que le sien. La scène historique et hystérique du film a épuisé le sujet. Plus rien à ajouter.
Quitte à nous éloigner des écrans, allons au théâtre. Vu ce week-end une pièce dont le titre est précisément l’homonyme familier du tee-shirt sans manches, “Marcel”, mise en scène par Tommy Weber et servie avec un talent fou par les interprètes, Pierre Khorsand et Chloé Devicq. Ce moment d’art dramatique m’a comblée.
Marcel est un scénographe revenu de tout, flanqué d’un acolyte mi-souffleur mi-serviteur, garçon sans consistance mais fidèle. Il projette de clore sa carrière en montant Cyrano de Bergerac, rôle qu’il a manqué à l’époque où Rostand n’était autre que… son copain de classe.
Imbrication du théâtre dans le théâtre, la pièce, en forme de poupée russe gasconne, mêle avec brio tous les registres et en tout cas ceux qui nous plaisent : comique, amertume, absurde, nostalgie. Tout y passe, sauf le spectateur qui reste. Scotché à son siège, il jubile d’un bout à l’autre du jeu si juste des comédiens.
On n’oubliera pas de sitôt la scène du “casting des Christian”, hilarante au-delà du concevable, avec en guest-star une réplique de Louis de Funès plus vraie que nature !
Fidèle au passé, Tommy Weber flirte avec l’intemporel de façon terriblement présente.

Suzanne Ably


(“Marcel”, spectacle comique de Tommy Weber et Pierre Khorsand, théâtre du Marais ce dimanche à 16H (reprise en Janvier) infos www.theatre-du-marais.com, points de ventes habituels.


Social Widgets powered by AB-WebLog.com.