Tag Archives: homo festivus

24 déc

Les pipelettes se délectent à Noël. Non de foie gras (contraire à leur éthique) mais des instants de comédie humaine qu’offrent ces festivités. Tout comme le Bolchoï jette ses danseurs dans un finale endiablé, Noël clôt l’année dans les guirlandes et en beauté, pour une apothéose d’homo festivus.
Noël est un sport de combat : homo noelus s’est équipé, depuis des semaines, pour affronter la dictature des cadeaux. Il y a sacrifié son énergie et son portefeuille.
Noël est un sport d’estomac : après le saumon, le champagne, les coquilles saint-jacques et les huîtres, la dinde aux marrons et la bûche, on ne pourra se refuser la truffe à la truffe faite maison ni le digestif au calva servi par le patriarche.
Noël est un sport artistique : combien de dindes seront photographiées ? Combien de pères Noël ? De bambins au milieu d’un chantier de papiers dorés ? De sapins ? De réveillonneurs en lutte contre l’indigestion ? Le tout accompagné par les réseaux sociaux, évidemment. Belle performance.
Au fait, Noël, ça n’avait pas de rapport avec une naissance ? Comment s’appelait l’enfant, déjà ? Était-ce une fille ou un garçon ? Les deux, voyons, selon la théorie du genre.

S.A

Auto-célébration

1 mar

Pratique consistant non pas à dire une messe dans une bagnole, mais à fêter son propre anniversaire.
C’est-à-dire, à se féliciter d’être né en invitant tous les copains à faire de même.
La formule s’est étendue au choses, aux morts, aux événements.
D’où le bicentenaire de l’art contemporain, la commémoration du décès de Gainsbourg, la célébration des deux mois de rencontre avec François, des six mois de rupture avec Daniel, des quatre ans et un mois de l’achat de la Smart.
Homo festivus s’est emparé du concept pour en tirer des raouts, et la Culture pour en déduire des expos.
Quant à nous, pipelettes, nous ne publions ces quelques lignes que pour signer notre centième article. Alors, qu’est-qu’on dit ?

S.A

 

Danse sociale

30 déc

 

Une fois n’est pas coutume, les pipelettes pour la nouvelle année changent de ton et délaissent leur pipelèterie pour une parenthèse esthétique. Place à la danse contemporaine, à la puissance dionysiaque de ce langage où se mêlent plaisir des sens, force des émotions, poésie des corps, ivresse de la musique, méditation.          

Voici quelques clés pour comprendre cette allégorie des rapports humains. Petit à petit, les danseuses sortent de leur bulle, leur conscience s’éveille au monde et à l’autre. On assiste au choc de la rencontre, à l’affrontement, à l’expérience de fusion, puis à l’inéluctable séparation… En quelque sorte,  un schéma de la Saint-Sylvestre propre à l’homo festivus. Ce soir, après de longs préparatifs vestimentaires et gastronomiques, nous sortirons nous aussi de notre bulle pour partager avec l’Autre. Nous trinquerons toute la soirée à l’entente sociale. En apothéose, à minuit moins une, le décompte commencera : nous délaisserons dispute conjugale, animosité entre germains, basse concurrence, et…  coup de baguette magique, à minuit sonné, le temps d’un baiser ponctuel sous le gui, les gens s’aimeront,  les familles se réconcilieront,  Liliane et Françoise effaceront pour de bon leur hache de guerre, etc, etc. Miracle. À minuit cinq, tout rentrera dans l’ordre, et l’individu sera rendu à l’individualisme.Bonne année !

S.A

Merci aux danseuses: Angèle Ably et Justyna Bujok

 

Succès cinématographique

29 nov

Parlons cinéma. Trois semaines que “Les Petits Mouchoirs” de Guillaume Canet cartonne au box office. Ce, malgré la critique. Pour ne citer que la plus huppée : C’est de régression qu’il faut parler  avec Les Petits Mouchoirs, film aussi vide qu’est grande sa prétention (…) On ignore si Les Petits Mouchoirs  est un film générationnel. Si c’est le cas, on est – pour une fois – heureux de ne plus faire partie de cette génération-là…

    C’est l’histoire d’une petite bande rassemblant un nouveau riche perdu dans ses valeurs matérialistes, un homme-enfant qui ne voit pas plus loin que son dernier SMS, une fille à Birkenstock et cigarettes roulées, un bout-en-train qui cache ses fêlures sous des blagues graveleuses, etc. Traditionnellement chaque été ils se retrouvent au cap Ferret, seulement cette fois le plus drôle du groupe doit rester à Paris pour cause de coma, suite à un accident de scooter. Ses congénères sont tiraillés entre le souci de rester à ses côtés et la tendance de l’homo festivus à partir s’éclater en vacances. La seconde option triomphe, the show must go on. Les joyeux drilles n’en oublieront pas pour autant le moribond : plusieurs caisses de rosé leur permettront de trinquer à sa santé qui se dégrade.

    Guillaume Canet  recherche l’efficacité. Tous ces gens existent, on les connaît, il les réunit en un tableau sociétal cru mais juste. Drame de bobos raconté par un bobo à des bobos, et que les acteurs jouent sans bobo ni  fausse note au son d’une bonne musique.  Que demande Télérama ? Trouve-t-il qu’il pousse dans le genre larmoyant ? S’il y en a qui prétendent n’avoir pas versé une larme à la fin du film, je suis prête à aller inspecter à la sortie le mascara des dames et les lunettes des messieurs.

    Les gens qui n’aiment pas le peuple ont des idées sociales, les gens qui n’aiment pas les enfants ont des idées pédagogiques, dit Pierre Gripari.  À quoi on peut ajouter que les gens qui n’aiment pas le cinéma ont des idées sur  le cinéma et les développent de préférence dans Télérama. Aujourd’hui, pour mériter l’estime de l’auguste critique, le cinéaste doit lui proposer du faux, de l’absurde, de l’ennuyeux et de l’obscène. Ce qui nous fait, nous, mouiller pour de bon nos mouchoirs.

S.A

Dimanche

14 nov

C’est dimanche, que fait notre ami le bobo parisien ?
Il s’habille, comme les autres jours de la semaine. Pas de survêt qui tienne, ni de vieilles tennis (sauf s’il passe le week-end à la campagne : auquel cas, il se fera un plaisir d’extraire aussi des profondeurs du grenier la parka et les bottes Aigle qui agacent l’autochtone).
Le dimanche, le bobo habillé, comme il faut, court les trésors de sa Ville lumière. Point de trêve dominicale pour cet être avide d’entertainment. L’homos festivus, ayant depuis longtemps déserté les bancs de l’église au profit des cabines d’essayage, rejoint la file d’attente de l’expo qu’il faut voir sous peine de mort sociale.
Il est citoyen cette France qui se lève tôt – le week-end, s’entend. La grasse mat’, il se la réserve pour les vacances, sauf quelques dimanches matin quand il est sorti la veille. Ce qui est rare. Guincher le samedi soir est un plaisir de ploucs.
Journée chargée pour le bobo : d’abord brunch entre potes sur le coup de 14 h, ou burger party chez soi ou dans l’un des innombrables restos du canal Saint-Martin et du Marais. Éventuellement, un peu de sport, avant de se goinfrer (pain et fromage, terrible association au dire des adeptes du dukan). Mais abdos et fessiers se cultivent encore mieux  en semaine, après la journée de boulot, avec un coach à domicile.
Et c’est parti ! La journée s’annonce longue. Elle le sera. Le bobo consciencieux rassemblera ses dernières forces pour la sortie du dimanche soir dans un des clubs à la mode ou dans l’un de ces p’tits resto de quartier où l’on claque la bise au patron.
Autre possibilité : un cinoche au  Mk2 quai de Seine, dont on possède la carte illimité pour des film japonais sous-titrés coréen.
Non, le bobo ne zone jamais dans son canapé devant un blokbuster américain en VF en se gavant de chocolat, ou pire, derrière son mac à tchater sur Facebook . Pour rien au monde ce malheureux ne fera ça. Dure, dure, la vie d’un bobo.

J.A

 


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