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Bouffe

26 mai

Ted Stanger, journaliste américain émigré à Paris, consacre dans “Sacrés Français” un chapitre entier à ce phénomène franco-français qu’est l’obsession nutritive. En plus de passer trois heures en moyenne à table par jour, que fait le Français 24 heures sur 24 ? Il parle de bouffe. Sujet de débat bien plus prisé que les frasques de DSQ ou la Palme d’or à Kahn : notre énergumène, qui ne raterait pour rien au monde un repas de famille et qui reçoit à dîner au moins une fois par semaine, disserte à perte d’haleine sur ce qu’il a dans son assiette et plus généralement sur son plat préféré, sur ce qu’il a mangé la veille ou mangera le lendemain. Le citoyen français dont la gastronomie nationale vient d’être inscrite par l’Unesco au patrimoine immatériel de l’humanité n’a pas de mots trop durs face à un face à ragoût mal cuit ou à des frites surgelées. Observez-le hors de ses frontières, il ne fait que critiquer : trop gras, trop sec, sans goût, pas assez relevé, n’arrivant pas à la cheville de la poule au pot de sa tante Yvonne, indigne du filet mignon de son bistrot du coin. Quant à la Parisienne, puisqu’elle est d’actualité, jamais, au grand jamais, cette obsédée de régime ne résistera à une assiette de fromage arrosée d’un pichet de vin rouge ou à une douzaine d’huître mouillée d’un blanc sec de qualité. Quitte à se mettre au pain sec et à l’eau pour le reste de la semaine. Elle échangera aussi ses recettes avec ses copines “foodistas” dans les girly parties et chiadera la déco de sa cuisine bientôt devenue the pièce-to-be. Si la révolutionnaire sexuelle a jeté naguère son tablier aux orties, la fille d’aujourd’hui revient aux fourneaux avec un empressement et une jouissance hors du commun.

J.A

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Girly

4 mai

Filles d’un côté, garçons de l’autre, comme au bon vieux temps. C’est la « girly party » remise au goût du jour. Mieux : devenue un phénomène de mode, sorte de rituel pour trentenaires accomplies.  

Nostalgie des soirées pyjamas… Vingt ans ont passé, comme chez les Trois mousquetaires : la nunuche à couettes est devenue desperate housewife qui, telles ses héroïnes de la série, raffole de se retrouver entre copines, loin des contingences domestiques et des effluves de bière. Bon prétexte pour fourguer les marmots aux papas, experts désormais proclamés en couches-culottes et rototos. Place faite aux coquettes : remise de cadeaux, cris d’hystérie à la vue des dernières Louboutin. Éclats de rire, profusion de potins… On chante à tue-tête, on fait des chorés sur le dernier tube à la mode. Trois mots sur le régime protéiné de l’une et sur le cours de gym suédoise de l’autre, avant de passer aux sujets graves : péroxidation, épilation. La vergogne n’est plus de mise. Le tout bien entendu, en grillant ce qu’il faut de Marlboros light et en sirotant du Dom Perignon, lesquels ont remplacé le quatre-quarts et le Coca.  Mais surtout, ça parle mecs, le cellulaire sur les genoux.  Dès fois qu’on recevrait un appel… Tiens, justement, un SMS. 

Le cœur nous bat. 

J.A

 

 

Dictature du cadeau

9 fév


Anniversaire, fête des mères, pendaison de crémaillère, Saint-Valentin, baby shower, enterrement de vie de jeune fille, départ à la retraite, arrêt maladie, girly, tout est bon pour faire la fête. Mais surtout pour raquer.
       Plus on vous entoure, plus la note est salée. Quatre copines se mariant dans l’année, trois potes nés la même semaine, deux collègues victimes de la grippe A et la moitié de votre salaire y passe.
       L’homme moderne refuse de grandir. Il continue à vouloir déballer des cadeaux sous le sapin. Et il a ses exigences. Liste de Noël, de mariage, d’anniversaire : faudrait tout de même pas recevoir deux fois la même théière. D’ailleurs, qu’est-ce qu’elle en sait, la tante Yvonne, du goût des jeunes ?
       Malgré les factures à payer, le prêt à rembourser, les ados à nourrir, la garde-robe à renflouer, impossible de ne pas participer à la quatrième cagnotte de la semaine pour le congé-maternité de votre collègue tête à claques.
       La moindre réticence vous reléguerait à titre définitif et sans appel au ban de la machine à café.  
       Payer, toujours payer. C’est du civisme. Et qu’on ne vous prenne pas à allonger moins que le voisin. Vous êtes à sec ? Faites un emprunt. Hypothéquez. Exilez-vous. Démerdez-vous. La dictature du cadeau n’a pas le pardon facile.

Jeanne Ably

 

La Parisienne

4 jan

Photo : Blandine Lejeune

 

Figure majeure de notre patrimoine et vrai Caractère de La Bruyère, tantôt fustigée et tantôt célébrée, dans tous les cas objet de convoitises, la Parisienne, tel le bobo, n’en finit pas de faire couler l’encre. Une exposition lui est présentement consacrée aux Galeries Lafayette, prétexte à pipeleter.

       Ni déballage de chair ni string qui dépasse, le cheveu savamment décoiffé, la touche de maquillage idoine sans Botox ni bling-bling, la Parisienne est toujours au top. Ce n’est pas nous qui le disons : l’élégance à la française est une évidence internationalement proclamée. La Parisienne ne se gêne pas pour relooker son mec, des fois qu’elle l’aurait connu en marcel et en chaussures pointues. Elle fait de ses enfants des fashion victims dès le bac à sable. Quant à son intérieur,  chaque détail en est chiadé à mort, de l’applique murale jusqu’au coquetier. La déco, ça la connaît : plus au courant que Wikipédia,  elle chine ses meubles à la Croix Rouge et rougirait d’être vue chez Ikea. Si son mec est bricoleur, c’est l’idéal : rien de plus chic que le fait-maison.

       La Parisienne est au régime depuis l’aube des Temps. Ça ne l’empêche pas d’être plus portée sur la bouteille que sur le sport en salle. Toutes les occasions lui sont bonnes de se taper un p’tit verre en se grillant une  Marlboro light. Autre boisson fétiche : le p’tit noir ( tout est p’tit avec elle ) qu’elle boira sur le zinc en feuilletant le Parisien, son i-Phone 4 à la main.

       Côté mondain, la Parisienne, femme accomplie, parlera du prix du mètre carré dans les dîners en ville, ceux qui rassemblent les genres et les réseaux à grand renfort de cartes de visite (avocats, écrivains, comédiens, call girls, docteurs ès squelettes de Pygmées). Elle se vantera  de sa dernière acquisition-vente-presse à la faveur d’une girly party strictement interdite aux maris, définitivement relégués aux couches-culottes et aux poussettes.

       Plus généralement, cet être survolté a le sens de  la « nigth » et du loisir éthylique,  un goût prononcé pour le name-dropping et les virées du week-end. Fondue de musique et djette à ses heures, elle passe derrière les platines dès que l’occasion se présente, même le jour de son mariage, puisqu’un mariage est aujourd’hui de bon ton (moins vulgaire que le Pacs).

       Ses traits de caractères ne sont un secret pour personne : égoïste, contestataire, râleuse, resquilleuse, la Parisienne, malgré une éducation au cordeau et des écoles privées hors de prix, dit à peine bonjour et n’arrive jamais avant dix heures du soir à un dîner. Elle a toujours trop froid ou trop chaud. Elle déteste le dimanche et encore plus le lundi. Elle vomit la baguette trop cuite, le métro aux heures de pointe, les escalators en panne. Elle prend les sens interdits en Vélib ( qu’elle rendra à la 29e minute, la première demi-heure étant gratuite ), elle remonte la queue du cinéma, elle se bourre dans les cocktails. À la moindre anicroche elle vous engueule. C’est par-dessus tout une emmerdeuse. Faut dire qu’elle a de qui tenir. Louise Michel, Simone de Beauvoir, Isabelle Thomas, Yvette Roudy, Ségolène Royal, Catherine Deneuve sont ses modèles, dont la liste n’est pas close.

Jeanne Ably

 La Parisienne Du 1er avril au 4 juin 2011 aux Galeries Lafayette du mardi au samedi de 11h à 19h ( entrée libre )


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