Tag Archives: Gainsbourg

Shelfie

23 fév

image-2

image-2

            Ringard le selfie, place au shelfie ! 

            Sous le règne absolu du moi-mêmisme, les « likes » deviennent la raison de vivre de l’homo instagramus  : son seul moyen d’exister nonobstant un charisme parfois équivalant à celui d’une huître. 

            Tout est prétexte à instagramer pourvu qu’on y gagne un maximum de followers : son assiette, ses doigts de pied, sa plante verte assortie au canapé. Et maintenant sa bibliothèque, preuve qu’on est cultivé, comme si ça ne se savait pas, depuis le temps.  

            Contraction de shelf (bibliothèque) et de selfie, le shelfie désigne l’acte hautement performatif consistant à mitrailler sa bibliothèque en exhibant du même coup son intérieur design. Pratique si bénéfique que certaines instagrameuses ont dédié leur compte à leur sacro-sainte bibliothèque. Proclamées shelfie queens par les internautes, ces pro du rangement passent des journées entières à agencer leurs rayonnages et à trier leurs livres par taille et par couleur, ou encore façon « rainbow ». Pour n’en citer qu’une, la Britannique Alice Sweet qui comptabilise jusqu’à 12 809 likes pour un seul cliché sur son compte sweetbookobsession.

             Drôle de monde que le nôtre où la gloire se mesure au nombre de « J’aime ». Les attributs qu’on s’évertuait à posséder jadis semblent devenus obsolètes.  La beauté ? Accessoire. Le mérite ? Facultatif. L’esprit, le talent ? Encombrants. La sainteté ? Inconnue au bataillon. Une œuvre ? Inutile. Le mystère ? Le moins possible. Aujourd’hui, une BB ou un Gainsbourg ne feraient pas carrière sans iphone 6.

Jeanne Ably

Élégance française

15 avr

   Question moderne : – Qu’est-ce que l’élégance française, dont on nous bassine avec une certaine insistance et qui s’exporte, paraît-il, à coups réguliers de Bardots, de Cotillards, de Gainsbourg et de french lovers ?
    Réponse traditionnelle : – Une absence totale de manières, de calculs et de chichis. Un don particulier pour le “pas fait exprès”. Une désinvolture absolue. Une façon d’être et de se comporter qui proclame très hautement : fringues, cheveux, godasses, rien de tout ça n’a la moindre importance, mais bon.
    Exemples. Un imper noué à la va-vite. Un jean APC délavé et troué. Une chemise Lacoste dont le crocodile s’est fait la malle. Bref, le mépris du détail.
    Voyez l’épouvantail : c’est le dandy  par excellence. Pas seulement parce qu’il porte un Burberry’s. Mais parce que sa tenue rejoint celle du clochard, qui est toujours le plus chic de la rue. L’un et l’autre brillent par leur absence de pause. Vive la chute du bling bling ! 

S.A

Auto-célébration

1 mar

Pratique consistant non pas à dire une messe dans une bagnole, mais à fêter son propre anniversaire.
C’est-à-dire, à se féliciter d’être né en invitant tous les copains à faire de même.
La formule s’est étendue au choses, aux morts, aux événements.
D’où le bicentenaire de l’art contemporain, la commémoration du décès de Gainsbourg, la célébration des deux mois de rencontre avec François, des six mois de rupture avec Daniel, des quatre ans et un mois de l’achat de la Smart.
Homo festivus s’est emparé du concept pour en tirer des raouts, et la Culture pour en déduire des expos.
Quant à nous, pipelettes, nous ne publions ces quelques lignes que pour signer notre centième article. Alors, qu’est-qu’on dit ?

S.A

 

Chanteuse française

5 nov

Une de plus !

Après Emmanuel Seigner, Judith Godrèche, Jeanne Balibar, Asia Argento, Claire Keim et j’en passe, c’est au tour de Mélanie Laurent de susurrer dans un micro. Pour être chanteuse, il suffit désormais de multiplier les rôles à l’écran, bons ou pas. Nul besoin de briller comme soprano ni de connaître sa clef de sol. Le stratagème est simple : profiter de sa notoriété, voire de son statut de “fille de” – n’est-ce pas Charlotte !  –, pour rameuter quelques brillants musiciens  et mettre dans sa poche journalistes et blogueurs prêts à aligner les dithyrambes au moindre filet de voix. Ce qui leur vaudra, n’est-ce pas,  à ces psalmodieuses made in France, de partir en tournée aux States sous les yeux ébahis des mélomanes et de tous les musiciens hypertalentueux qui galèrent à Paris dans des sous-sols.

Passons.

Mieux encore, pour faire recette : s’amouracher d’un zicos. Collaboration miraculeuse.  Voyez notre Mélanie et cherchez le Damien Rice. Pas moins d’un album dans les bacs au printemps ! On t’attend au tournant, Mélanie, mais rassure toi : ça ne sera pas pire que Sandrine (Kiberlain).

Allez, on est sympa. On file un dernier tuyau aux comédiennes-chanteuses-qui-ne-savent-pas chanter. Sandrine a désamorcé les critiques en fredonnant : « Elle fait sa Carla. /Elle fait sa Vanessa. /Manquait plus qu’ça. /Elle va donner d’la voix./ Des paroles à tout va. /Manquait plus qu’ça. /Elle se prend pas pour uane poire. /Elle croit peut-être au hasard. /Mais tout ça s’invente pas. /On chante ou on chante pas ./Qu’est-ce que tu crois. »

En effet, manquait plus qu’ça. La preuve en musique.

J.A

Image de prévisualisation YouTube

 

 

Haro sur la sèche

3 fév

Ma mère n’a jamais fumé de sa vie. Alors, pourquoi s’hexhibe-t-elle ce jour-là devant l’objectif une cigarette au bec ?
Réponse connue : par coquetterie. Par plaisir. Pour adopter la moue désinvolte que permet le lâcher de fumée. Pour nous faire admirer sa jolie main tenant la tige de huit, sixième de ses doigts fuselés. Pour être glamour comme Bardot dans Et Dieu créa la femme, où  le sex-symbole maîtrise à merveille le jeu de lèvres et de volutes.
    Et peut-être dans le seul but d’incarner un jour un noble anachronisme.

    Triste est notre époque, à ce point obsédée d’hygiène et de sécurité (sociale) qu’elle en est venue à bannir la cigarette et tente maintenant de chasser le passé.
    Après avoir kidnappé une pipe en plein bec de Jacques Tati, la RATP (mieux nommée RAPT) récidive. Bravant le soupçon du sanitairement correct, elle séquestre la cousue qu’on n’a eu que le temps d’apercevoir entre les doigts d’Audrey Tautou, sur l’affiche de Coco avant Chanel.
    Aujourd’hui la tabacophobie règne. L’imbécillité aussi, du latin “imbecillus”, signifiant faible, débile, qui n’a pas son bâton (de tabac).
    Karl Lagerfeld, esprit affûté, avec sa pertinence habituelle et ses mots toujours sobres, fait un triste constat : l’interdiction de fumer, c’est la mort de la conversation, déjà mise à mal ces dernières années par le téléphone portable et le politiquement correct.
    Plus le temps d’élever le débat dans les dîners. L’ appel de la nicotine exile dès le fromage les plus intelligents vers le trottoir mouillé, où se forment leurs groupes de parias un peu dépités de faire désormais partie de la caste des intouchables.
    Ces maudits sont grelottants pendant que les attablés se désespèrent de la conversation enfuie, et pérorent dans le vide.
    Gainsbourg n’est plus là pour piquer une gueulante et griller des havanes à la télé en prime time. Dans la chanson de Pink Martini, la femme assume: “Je ne veux pas travailler, et puis je fume”. Pour vieillir couguar, la dame d’aujourd’hui contrôle son sommeil, sa carrière et ses poumons. Et pour arrêter de fumer, elle fait deux fois plus de footing et de musculation … Et Dieu créa Madonna !

S.A

 

Gainsbourg, retour sur une vie héroïque

20 jan


Pas de purgatoire pour Gainsbourg qui, mieux qu’une légende, s’élève désormais  au statut de mythe national. Témoin, le film tant attendu de Joann Sfar «  vie héroïque », qui sort aujourd’hui sur les grands écrans. Prétexte, pour nous autres pipelettes, de revenir sur le parcours de celui, dont la vogue et  l’aura ne connaissent nul déclin dix-huit ans après sa mort.

Né Lucien Ginsburg, de parents juifs immigrés, le 2 avril 1928 à Paris, il se destinait à la peinture. Étudiant aux Beaux-Arts puis professeur de dessin, il a pour maître durant un temps l’illustre Fernand Léger. Mais très vite la musique, qu’il a étudiée dès l’enfance avec son père pianiste, prend le pas dans sa jeune vie sur les arts plastiques. Devenu Serge Gainsbourg, il délaisse les ateliers pour les piano-bars et les salles de concert. Crooner dans les casinos huppés des côtes balnéaires de prestige, ainsi que dans les boîtes parisiennes à la mode, mais aussi complice pertinent de diverses chanteuses qu’il accompagne à la guitare, Gainsbourg travaille aussi à ses propres compositions. Il a pour modèle Boris Vian, dont les textes provocateurs et caustiques constituent à ses yeux une référence. En 1958, il enregistre son premier disque, Du chant à la lune, où figure le célèbre Poinçonneur des lilas. Fiasco commercial notoire. La critique se montre peu amène à l’égard d’un nouveau venu dont le charisme et les talents semblent pourtant d’ores et déjà proportionnels au gabarit de sa paire d’oreilles promise à la célébrité.
L’époque des yéyés, un peu plus tard, ne lui sera guère plus favorable. Gainsbourg ne se sent pas très à l’aise dans le style musical en question. Résultat : le public le rejette tandis que les journaux brocardent sa tête patibulaire et son nez proéminent.
Son second disque, Gainsbourg Confidentiel, empreint d’un jazz archi-moderne cher à l’artiste mais peu accessible au public profane, ne lui permet toujours pas d’accéder au panthéon des tubes. Vendu à mille cinq cents exemplaires, il inspire à son auteur sa résolution devenue célèbre : «Je vais me jeter dans l’alimentaire et m’acheter une rolls.

Mais si Gainsbourg avoue un penchant incontestable pour les belles voitures et les objets d’art, ce sont les femmes qu’il collectionne avant tout. Après une passion courte mais torride avec Brigitte Bardot, qui lui inspirera le mythique Initiales BB, il rencontre en 1968 Jane Birkin sur le plateau du film Slogan, entamant avec elle une idylle style “vieux faune et jeune tendron” qui durera dix ans et attisera l’attention (non exempte de voyeurisme) d’une presse people avant la lettre, avide de minijupes.
Entre-temps, Gainsbourg remporte ses premiers galons d’auteur-compositeur à succès en écrivant notamment pour Juliette Gréco, Petula Clark, Françoise hardy et France Gall, laquelle remportera grâce à lui le grand prix du concours de l’Eurovison en 1965 avec des paroles où d’aucuns détecteront des sous-entendus croustillants.
La carrière de l’artiste est lancée. Les années 70 voient la sortie de quatre albums phares,Histoire de Melody Nelson en 71, Vu de l’extérieur en 73, Rock around the Bunker en 73 et L’homme à tête de chou en 76 qui le placent sans coup férir au premier rang de l’avant garde de la chanson française. Gainsbourg fait en outre ses débuts au cinéma, devant, puis derrière la caméra, réalisant tour à tour quatre longs-métrages, entre autres le sulfureux Je t’aime moi non plus qui fera beaucoup pour sa réputation de dépravé scandaleux.


Légende oblige, Gainsbourg s’immerge dans les plaisirs tant diurnes que nocturnes avec ce qu’ils impliquent de beuveries et de matins blêmes, écumant les boîtes et faisant place peu à peu à Gainsbarre, son double subversif et insoumis qui résumera sa métamorphose par cette formule : «Quand Gainsbarre se bourre, Gainsbourg se barre».
Jane Barkin, peut-être lassée des frasques de son mari, finit par elle-même bel et bien “se barrer” du foyer conjugual, laissant derrière elle un homme de plus prodigue de provocations en tout genre. Un billet de cinq cents francs brûlé en direct devant les caméras, une proposition malhonnête à Whitney Houston sur le plateau de Michel Drucker, des insultes adressées publiquement à la chanteuse des Rita Mitsouko, une Marseillaise lui aliénant les régiments de parachutistes, Gainsbarre n’en finit plus de créer des turbulences partout où il passe.
Entre alors en scène Bambou, nouvelle égérie pour laquelle l’inusable parolier écrit des textes que celle-ci interprétera sans grand succès.
En 1991, à la suite d’une cinquième crise cardiaque – Gainsbourg n’a jamais pu se résoudre à arrêter de boire ni de fumer, forgeant ainsi son image de poète suicidaire et mal rasé – le célèbre consommateur de Gitanes s’éteint et avec lui sa dernière cigarette. De ces cendres, renaît une légende. Au cimetière du Montparnasse, les visiteurs se succèdent pour venir semer mégots et tickets de métro sur sa tombe, à deux pas de celle d’un autre très grand artiste : le peintre Gérard Barthélémy.
Ils sont nombreux aussi à venir communier devant le 65, rue de Verneuil, véritable mausolée qui abrita l’artiste une bonne partie de sa vie.
Cité par de nombreux chanteurs français comme leur idole et leur modèle, mais aussi par nombre d’étrangers qui n’hésitent pas à reprendre ses succès, Gainsbourg, dont l’œuvre, effleurée, entendue ou ressassée, résonne de part et d’autres des frontières, figure comme un emblème incontestable de la chanson française et peut-être même de la chanson tout court, voire de la poésie contemporaine.

Jeanne Ably



Social Widgets powered by AB-WebLog.com.