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Foot

21 juin

Photo : Lancelot Lippi

 

Entre rugby et foot, le cœur bobo balance.

Tandis que le premier, jadis apanage des socialos du Sud-Ouest, devient peu à peu un spectacle fétiche pour dames seules et middle classe propre sur elle, le second, inventé par les curés pour leurs collégiens boutonneux, gagne du terrain à grand renfort de pizzas Hut et de canettes de Kronenbourg.

Le bobo, qui d’ordinaire ne mange sa Marguerita que chez l’Italien de son quartier – le meilleur de Paris – fait une entorse à ses sacro-saintes habitudes et reste dans son canapé. L’occasion est trop belle.

Se retrouver entre potes pour mater le match plutôt que d’aller s’infuser la dernière expo, quelle aubaine. On brillera tout autant dans les dîners mondains. La culture foot est une culture de pointe. Le must : aimer Platini, les arrières à queue de cheval et pouvoir raconter dans l’ordre les neuf buts marqués par l’actuel patron de l’UEFA lors de l’Euro 84. C’est la preuve qu’on regardait le foot bien avant Zidane. On soutiendra aussi (avec flamme) que, pour la gloire du football français, mieux vaut aller subir une défaite à Séville que remporter une victoire à Saint-Denis.

Le bobo n’oubliera pas de rendre hommage sur les réseaux sociaux à l’illustre Thierry Roland et proclamera qu’il a été bercé toute sa jeunesse par les saillies de ce personnage. Il pourra demander ensuite qui il était, au juste.

Cultiver son authenticité exige une science raisonnée des amusements de la plèbe. Cet Euro 2012 nous donne une belle occasion de progresser dans cette science.

J.A

Merci encore une fois à L. Lippi pour ses lumières

 

Le Havre

16 jan

Un film à l’affiche, un article dans le NY Times, une émission sur France Culture, et voilà Le Havre, destination jusqu’à hier ignorée des branchés, qui devient un must.

À deux heures de Paris, la ville, avec ses artères bétonnées d’après-guerre et ses conteneurs métalliques, est à Deauville ce que Marseille est à Aix-en-Provence : un purgatoire. Et pour cause : point de festivals mondains ni de boutique Hermès, mais moult rades miteux et des rues nocturnes aussi désertes qu’une départementale à quatre grammes un mardi soir d’hiver.

Culturellement, des salles de concert et des cinémas historiques qui ferment les uns après les autres.  Un sondage de « l’Express » place la population au 49e rang de celles qui avouent n’aller au théâtre que de temps en temps : trois points au-dessous de la moyenne nationale.

Quid de la gastronomie ? Chose inconcevable en France, Le Havre ne se targue d’aucune particularité gourmande. Pas même un petit resto du port proposant la moindre marmite havraise, ni une boutique du centre ville pour vendre une confiserie locale. Alors, quand Subway ou Mac Do s’y installent, c’est l’hystérie.

Question foot (= religion planétaire), Le Havre, avec son Havre Athletic Club, le plus ancien de France, persiste à perdre tous ses matchs dans son antique stade Jules-Deschaseaux.

Bref, une sous-préfecture a priori crado, moche, beauf, inculte, glauque, mal famée, qui plus est ex-coco !

Mais voilà. Certains, que débecte l’odeur du beau, se mettent à la regarder d’un nouvel œil. En quête d’authentique, ces connaisseurs  lorgnent, depuis leur cité embouteillée, les larges faubourgs et les nombreux espaces verts – dont la gigantesque forêt de Montgeon en plein centre-ville – du deuxième port de France. Ses docks « so british », où il fait bon se promener après le déjeuner dominical – et non après le brunch, encore peu répandu ici –  les font rêver. Ils donneraient n’importe quoi pour emménager avenue de l’Hippodrome à Sainte-Adresse qui leur fait tant penser à Brighton, et se baigner en pleine ville (comme à Brighton) dans la piscine signée Jean Nouvel (architecte très en vogue quoique désastreux), sise dans le quartier de l’Eure, ancien quartier des docks et lieu de boboïsation croissant.

Mais surtout, les Havrais, les vrais, vous l’affirmeront la main sur le cœur et les yeux dans le vague : leur ville est unique, tant là bat un vent de nostalgie et de poésie, souvenir des grands paquebots. Est-ce parce qu’elle a été dévastée pendant la guerre, qu’elle a inspiré à Sartre La Nausée, et qu’elle a abrité René Coty (qui fut le président d’une France heureuse), puis son descendant direct, l’excellent écrivain Benoît Duteurtre, romancier des « Pieds dans l’eau » (sans compter Raymond Queneau, et aujourd’hui l’extraordinaire guitariste de jazz Hugo Lippi, le réalisateur Mathieu Serveau, le groupe rock électro Dick Voodoo et, bien-sûr, le peintre Dufy qui y est né ou encore Christophe Ono-dit-Bio, brillant écrivain et journaliste).

En tout cas, ces Havrais-là ne cesseront de défendre leur ville natale, même le jour où la mode, se sera détournée d’elle. ET ILS AURONT RAISON.

Jeanne Ably

@Lancelot Lippi

 

Merci à Lancelot Lippi pour son précieux témoignage.


Sport

17 mai

Voyez le tableau : Roland-Garros, haut lieu du bonheur en pantalon blanc et robe légère, rendez-vous incontournable des filles en fleur et de l’élite oisive, se transforme progressivement en parc d’attractions avec ce qu’il faut de touristes en strings de pied, de buvettes à Coca et de boutiques de souvenirs.
       Les tribunes des stades de foot deviennent inexorablement le théâtre de barbaries en tout genre à dominante de vigiles et de barrières de sécurité.
       Quant à nos sportifs, tout de fluo vêtus, quand ils ne sont pas pris en flagrant délit de dopage et de “zahiatitude”, il posent en moule-bite ou en peignoir dans les magazines où c’étaient jadis leurs congénères à forte poitrine qui demandaient qu’on les regarde droit dans les yeux.
       La boxe, ex-noble art remis au goût du jour par des succès du box office tels que “Fight club” ou “Million dollars baby”, n’est pas en reste : un article du NY Times, relayé par les Inrocks, nous apprend qu’il est de bon ton désormais d’assister, dans les sous-sols de Chinatown, à des combats de mannequins exhibant sur le ring leur mensurations de rêve. Ce, au milieu d’un public de hipsters et de modeux survoltés assurément de tous les coups – c’est le cas de le dire.  La preuve par l’image.

J.A

Olé !

1 sept

 


Oui à la corrida, non au foie gras !

D’un côté, mort d’un taureau de combat, au nom d’un rite venu du fond des âges. De l’autre, gavages de volatiles à des fins de réveillon. Dans les deux cas, des victimes. Nos sociétés dysneylandisées choisissent les leurs. Mais si le taureau élevé en prince dans sa prairie natale connaît des jours de rêve avant l’arène, les oies, maintenues en batterie et bourrées à mort, ne verront jamais la lumière du jour.

Et puis, le premier tue. Les secondes pas.

J’ai vu une corrida pour la première fois cet été. Jusque-là, je ne me  prononçais pas, même si je comptais parmi mes proches des aficionados convaincants. Sur place, révélation. Passé la première demi-heure à me demander ce que je faisais là, navrée du spectacle de cette malheureuse bête harcelée par une bande de sadiques, j’ai compris.  J’ai compris la noblesse de cet art que les zoophiles bien-pensant qualifient de boucherie, juste bonne à assouvir un fantasme de sang.

Noblesse. D’abord, celle du torero. Son costume nous consolerait des aisselles de Gaël Monfils. Son port de danseur étoile, ses cris de cinéma muet, sa gestuelle de héros. Confrontation héroïque, le terme n’est pas trop fort, entre un fauve qui a grandi dans l’obsession de combattre – sans corrida, il serait en cage dans un zoo –  et d’un homme qui n’a pas froid aux yeux, et en fait profession. Ce dont le spectateur ne se doute pas : le sol de l’arène tremble sous vos pieds, quand le taureau vous charge.

La corrida ritualise l’affrontement immémorial de l’homme et de la nature, qui est celui du courage et du danger. Elle ne perpétue pas un sacrifice. Elle nous joue le drame de l’honneur et de l’héroïsme – deux valeurs il est vrai assez mal en point sur le théâtre de M. Bernard Arnault.

Voyons le contexte : ce n’est pas la Vache qui rit ni un aimable saint-bernard qu’on propulse dans l’arène. Ce n’est pas un bon gros toutou qu’on immole pour le plaisir d’une foule en liesse. C’est  un monstre qu’on lâche, et dont toutes les fibres sont dédiées au combat – encore a-t-il le choix de s’abstenir.  Au lieu de finir en légende dans la mémoire des toreros, libre à lui de sortir en tartare d’un hachoir. L’alternative est simple, et la controverse enflammée entre les “pour” et les “contre” n’est qu’un acte de plus au procès qui oppose les âmes poétiques aux adorateurs de la Carte vitale.

En Espagne, la loi du 28 juillet qui interdit la corrida sur le territoire de la Catalogne a fait rentrer celle-ci dans le rang des régions bedonnantes, normales et civilisées. Plus qu’une mesure en faveur des animaux, c’est bien le rejet d’un caractère national – d’un caractère tout court. C’est surtout, plus gravement, la fin d’une Europe fière d’elle-même et de ses spécificités, succombant à la normalisation promue par Bruxelles.

En voilà une, de mise à mort!

Olé !

JA

 

Couguars

11 jan



Révolue, l’époque où seuls les hommes folâtraient sans vergogne, moyennant  les faveurs de nymphettes obligeantes. Désormais c’est aux “cougars” de faire provision de chair fraîche à la sortie des lycées.  
        Élu mot de l’année 2007 par le 
Time magazine, ce terme de cougars (en français couguar, autre appellation du puma) désigne cette catégorie de dames d’un certain âge, jadis nommées rombières, mais aujourd’hui aussi à l’aise dans leurs stilletos que question porte-monnaie, et qui ne jurent que par les p’tits jeunes.
La femme du XXIe siècle n’en est plus à conquérir son indépendance financière ni son droit au travail (la pauvre !). Elle affirme son autonomie sexuelle. Pour se convaincre de cette réalité sociologique, suffit d’ouvrir Voici ou Gala : Claire Chazal, Amanda Lear, Demi Moore, Madonna, combien sont-elles, ces stars dopées aux protéines, gonflées au Botox et accros à la muscu, à exhiber leurs liftings aux côtés de jeunots à boucles blondes, en toute insolence ? On ne les compte plus, et pour cause : la tendance absolue chez nos amies les people, le must à Hollywood, est d’arpenter les red carpet son trophée gigolesque sous le bras.
Petit et grand écrans se sont emparés du phénomène. Témoin, une série télévisée, Cougar Town, sur la chaîne américaine ABC, avec Courteney Cox dans le rôle de la prédatrice, et quantité de films : Chéri, tiré du roman de Colette, avec Michel Pfeiffer, Puma, avec Jennifer Aniston (pas si vieille, pourtant),  Cliente, avec Nathalie Baye, etc., etc.  Ce ne sont plus les VIP ni même les vieilles pies, mais les vieilles peaux. Le net n’est pas en reste : un site www.dateacougar.com propose à de jeunes éphèbes de se faire manger en ligne par ces femelles carnassières un peu mûres mais aux dents longues.
Résultat : les couguars piquent leur gibier aux jeunettes et font de l’ombre à leurs propres filles (telle Demi Moore). Mettant leur ménopause à la portée de toutes les bourses (hum ! ), elles assurent leur revanche sur ces messieurs, définitivement déchus de leur monopole de la bagatelle, et renvoyés une fois pour toutes à leur football. Vive l’égalité des sexes !

J.A


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