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Retour aux sources

16 juin

Mort de l’aristo, exit la vie de château, désormais on publie ses origines populo. Les “fils de”, ras le bol : entre une Cécile de France du terroir belge et une Laura Smet née de Johnny, y a pas photo. Les stars font leur “coming out” social. Natalia Vodianova, Philipe Katerine,  Fabrice Lucchini… L’une se penche et s’épanche sur son enfance sur les marchés aux fruits de Russie. L’autre pose sur la pochette de  son dernier album aux côtés de ses parents, moyennes gens proclamés. Quant au troisième, nul n’ignore qu’il fut garçon-coiffeur avant de devenir le prodige qu’on sait ; et de qui tombe-t-il amoureux dans son brillant dernier film ?  De la bonne.

       La liste est longue de ceux qui proviennent de rien pour arriver à tout : Samuel Benchetrit, Dany Boon, Léonardo di Caprio ou encore Nikos, rencontré récemment en face de chez Prune et qui nous racontait sans qu’on le lui demande ses premières bagarres au bord du canal entre fils d’immigrés.

       Le phénomène va de pair avec l’obsession d’un retour aux sources. Le bobo adore boire son pastis dans le rade du coin avant d’aller se faire sa p’tite pétanque. Il part en vacances à Dieppe et se met au jardinage. Forcément, il s’ampute de sa particule, dès fois qu’il serait bien né. Surtout, il emménage à la Goutte d’or, car là (Bruni) est le vrai chic moderne.

Jeanne Ably


FAT

24 mar

Le bobo, suite.

Que fait-il le dimanche matin, quand reviennent les beaux jours ?  Il part en foire à tout (FAT). 
Foin de grasse mat’, au diable le croissant-Ricoré familial. Réveil à l’aube, comme à l’armée. C’est le seul moyen d’esquiver la foule et les poussettes, pollution notoire.
Chaussée de souliers tout-terrain, munie de sacs xxl, l’armée des bobos se met en branle. C’est à qui dégotera la lampe sixties assortie au canapé vintage trouvé la veille sur un bout de trottoir, et le flight jacket patiné comme il faut à deux francs six sous.
Tous les coups sont permis : doublement  à gauche, queue de poisson, accélérations éclairs. S’agirait tout de même pas de se faire piquer sous le nez ce 45 tours des Stones repéré à dix kilomètres sud-sud-est. Point non plus de scrupules à arnaquer la petite vieille qui se débarrasserait sans le savoir d’un Rembrandt. La meilleure défense c’est l’attaque. Un seul mot d’ordre : marchander pour obtenir. Plus on entassera, mieux ce sera. Quitte à revendre (à perte) à la prochaine brocante ce qu’on rachètera (plus cher) ensuite. La FAT est une discipline échangiste et circulatoire.

J.A

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Friends

17 mar

Has been la coloc ! Désormais on achète dans le même immeuble que sa meilleure copine. Avantages multiples : mise en commun de l’appareil à raclette ; partage du parking et du 4 x 4 ; wifi et nounou à deux ; babysitting réciproque et à l’oeil, moyennant un Babyphone en indivision (prions pour qu’il n’y ait ni fuite de gaz ni cambrioleurs trop discrets). Plus de soucis de voisinage, plus de copropriétaire grincheux, fini l’étudiant à tapage nocturne, adieu le quinquagénaire exhibitionniste. Terminés les vols de selles et les litiges de paillassons. C’est le paradis. Le dégât des eaux lui-même devient un délice. Vous voilà peinard chez vous à ne plus vous demander quoi dîner quand le frigo est vide, ni où dormir quand vous avez perdu vos clés. Sans parler de la salière vide au moment de saler le Burger-frites.

Aucune raison de se gêner, ça se fait beaucoup chez nos voisins nordiques et dans nos séries télés. Une sorte de néocommunisme à la mode. “Éco-friendly”, dit-on.

Le bobo, nostalgique de la famille nombreuse et soucieux de l’environnement non moins que de son confort personnel, aime partager. Quand c’est avec ses congénères au sein de son immeuble, cela tourne à la passion.

Jeanne Ably

Le sixième

14 mar

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Cinéma cinéma. Allez voir Les femmes du sixième étage de Philipe Le Guay avant sa disparition de l’affiche. Pour l’Espagne, pour la bonne humeur, pour Kiberlain en bourgeoise des années 50 plus vraie que nature ; et surtout pour Luchini en mari mutant.
    Marchand de biens propriétaire d’un grand appartement dans un beau quartier parisien, sa vision des choses est bouleversée quand il prend conscience, suite à l’embauche d’une bonne espagnole, de l’existence des mansardes du sixième. Tout s’éclaire peu à peu pour lui : ces esclaves sont des femmes, elles ont une vie entre le repassage et la vaisselle, elles dorment, mangent, ont des amis et même vont au “petit coin”. Ébloui, notre bourgeois, moyennant quelques péripéties conjugales, décide d’emménager dans ce sixième.
    Tels une Vanessa Paradis et un Johnny Depp propriétaires de domaines à trente millions de dollars dont ils n’occupent que la parcelle où ils ont planté une caravane pour y fumer pieds nus des cigarettes roulées, Luchini ne veut plus voir, de son immeuble de luxe, que cette soupente miteuse avec sommier sans ressorts.
    Et pour cause! Il y découvre le bonheur, l’amour, l’amitié, le rire, la paëlla et le flamenco, bref son point G, enfin.
    L’épouse délaissée se consolera dans les bras passés à l’huile de lin  d’un artiste peintre. Tant mieux pour elle.
    Ce couple des années 50 nous éclaire sur les racines du bobo  et nous incline à penser que le modèle était en préparation bien avant 68.
    Pour conclure, et puisqu’on vous a tout raconté, on vous donne la suite.
    Les enfants de Luchini et Kiberlain, frais émoulus de leur pension chic, traîneront à Nanterre, battront puis lanceront le pavé. Puis, ils ne se marieront pas. Ils feront quand même quelques enfants, 1,9 selon la statistique de l’INSEE, qu’ils ne baptiseront pas, pour que ces derniers choisissent eux-mêmes à leur majorité.
    Lesquels enfants achèteront un loft a Montreuil, mangeront bio et feront le tri sélectif. Ils liront Télérama. Et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes : le nôtre.

S.A

Simili

12 mar

photo: Blandine Lejeune

 

Dilemme vestimentaire chez le bobo : Comment concilier la vogue actuelle du cadavre de mammifère porté en steak ou en pelisse avec la religion écologique et le respect de la nature ?
Adoptons l’ersatz, endossons le simili ! Acclamons le synthétique !       

La fausse fourrure sera la tendance 2012, et c’est tant mieux. Au nom du hamster et du toutou qu’on a chéris jadis, réjouissons-nous de cette petite trêve dans la tuerie, qui n’altérera en rien notre élégance.

S.A

La Parisienne

4 jan

Photo : Blandine Lejeune

 

Figure majeure de notre patrimoine et vrai Caractère de La Bruyère, tantôt fustigée et tantôt célébrée, dans tous les cas objet de convoitises, la Parisienne, tel le bobo, n’en finit pas de faire couler l’encre. Une exposition lui est présentement consacrée aux Galeries Lafayette, prétexte à pipeleter.

       Ni déballage de chair ni string qui dépasse, le cheveu savamment décoiffé, la touche de maquillage idoine sans Botox ni bling-bling, la Parisienne est toujours au top. Ce n’est pas nous qui le disons : l’élégance à la française est une évidence internationalement proclamée. La Parisienne ne se gêne pas pour relooker son mec, des fois qu’elle l’aurait connu en marcel et en chaussures pointues. Elle fait de ses enfants des fashion victims dès le bac à sable. Quant à son intérieur,  chaque détail en est chiadé à mort, de l’applique murale jusqu’au coquetier. La déco, ça la connaît : plus au courant que Wikipédia,  elle chine ses meubles à la Croix Rouge et rougirait d’être vue chez Ikea. Si son mec est bricoleur, c’est l’idéal : rien de plus chic que le fait-maison.

       La Parisienne est au régime depuis l’aube des Temps. Ça ne l’empêche pas d’être plus portée sur la bouteille que sur le sport en salle. Toutes les occasions lui sont bonnes de se taper un p’tit verre en se grillant une  Marlboro light. Autre boisson fétiche : le p’tit noir ( tout est p’tit avec elle ) qu’elle boira sur le zinc en feuilletant le Parisien, son i-Phone 4 à la main.

       Côté mondain, la Parisienne, femme accomplie, parlera du prix du mètre carré dans les dîners en ville, ceux qui rassemblent les genres et les réseaux à grand renfort de cartes de visite (avocats, écrivains, comédiens, call girls, docteurs ès squelettes de Pygmées). Elle se vantera  de sa dernière acquisition-vente-presse à la faveur d’une girly party strictement interdite aux maris, définitivement relégués aux couches-culottes et aux poussettes.

       Plus généralement, cet être survolté a le sens de  la « nigth » et du loisir éthylique,  un goût prononcé pour le name-dropping et les virées du week-end. Fondue de musique et djette à ses heures, elle passe derrière les platines dès que l’occasion se présente, même le jour de son mariage, puisqu’un mariage est aujourd’hui de bon ton (moins vulgaire que le Pacs).

       Ses traits de caractères ne sont un secret pour personne : égoïste, contestataire, râleuse, resquilleuse, la Parisienne, malgré une éducation au cordeau et des écoles privées hors de prix, dit à peine bonjour et n’arrive jamais avant dix heures du soir à un dîner. Elle a toujours trop froid ou trop chaud. Elle déteste le dimanche et encore plus le lundi. Elle vomit la baguette trop cuite, le métro aux heures de pointe, les escalators en panne. Elle prend les sens interdits en Vélib ( qu’elle rendra à la 29e minute, la première demi-heure étant gratuite ), elle remonte la queue du cinéma, elle se bourre dans les cocktails. À la moindre anicroche elle vous engueule. C’est par-dessus tout une emmerdeuse. Faut dire qu’elle a de qui tenir. Louise Michel, Simone de Beauvoir, Isabelle Thomas, Yvette Roudy, Ségolène Royal, Catherine Deneuve sont ses modèles, dont la liste n’est pas close.

Jeanne Ably

 La Parisienne Du 1er avril au 4 juin 2011 aux Galeries Lafayette du mardi au samedi de 11h à 19h ( entrée libre )

Hipster

3 jan

                   Adeptes de la cool attitude et du name dropping, les Hipsters, peuplade urbaine made in Brooklyn, n’ont jamais autant fait parler d’eux, y compris par les pipelettes que nous sommes. 
Hipsters :  le terme n’est pas nouveau. Ses origines remontent bien en deçà de l’Ipod et de Twitter, aux années quarante pour être précis. Il désigne ces jeunes Blancs fans de jazz et de Charlie Parker auxquels succèderont les hippies par beat génération interposée. Puis, plus rien jusqu’en l’an 2000, date à laquelle ils renaissent de leurs cendres mais sous un autre look. Moustache fine, chemise à carreaux rouges, Wayfarer, jean slim, le hipster 2.0 a rangé la guitare de Hendrix pour le synthé d’Arcade Fire et délaissé les friperies des halles pour les concept stores du Faubourg Saint-Honoré. Plutôt graphiste que peintre et meilleur bloggeur que poète, plus volontiers dj que ténor, en tout cas artiste free lance, ce bipède des mégapoles adopte la tendance avec une promptitude de puma et squatte les salles de spectacles indépendantes avec autant de zèle et de panache qu’un disc jockey. Parlez-lui de cet artiste japonais complètement glucose dont vous raffolez, il vous tiendra la jambe deux heures sur le sujet. Évoquez le dernier Canet, il vous regardera comme si vous débarquiez de votre sous-préfecture. Eh oui, le hipster snob et avant-gardiste, pote à ses heures de Wes Anderson et de Xavier Dolan, arrière-petit-cousin de Barack Obama et de John Cassavettes,  raffole de la culture underground et du cinéma d’auteur. Il pratique avec brio le « je préférais avant », car il a tout vu, tout fait, tout entendu, tout lu et bien sûr tout jugé avant vous.  Ce qui n’est pas sans rappeler notre actuel bobo, à ceci près que le hipster est plus djeun, et point encore préoccupé à soigner sa déco en ramassant les vieux fauteuils sur un coin de trottoir
Bref, hipster, encore un de ces néologismes fourre-tout de journaleux, un de ces termes volatils qui s’envolent à la moindre tentative de définition. Mais une occasion de pipeleter, n’est-ce pas ?

Jeanne Ably

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Succès cinématographique

29 nov

Parlons cinéma. Trois semaines que “Les Petits Mouchoirs” de Guillaume Canet cartonne au box office. Ce, malgré la critique. Pour ne citer que la plus huppée : C’est de régression qu’il faut parler  avec Les Petits Mouchoirs, film aussi vide qu’est grande sa prétention (…) On ignore si Les Petits Mouchoirs  est un film générationnel. Si c’est le cas, on est – pour une fois – heureux de ne plus faire partie de cette génération-là…

    C’est l’histoire d’une petite bande rassemblant un nouveau riche perdu dans ses valeurs matérialistes, un homme-enfant qui ne voit pas plus loin que son dernier SMS, une fille à Birkenstock et cigarettes roulées, un bout-en-train qui cache ses fêlures sous des blagues graveleuses, etc. Traditionnellement chaque été ils se retrouvent au cap Ferret, seulement cette fois le plus drôle du groupe doit rester à Paris pour cause de coma, suite à un accident de scooter. Ses congénères sont tiraillés entre le souci de rester à ses côtés et la tendance de l’homo festivus à partir s’éclater en vacances. La seconde option triomphe, the show must go on. Les joyeux drilles n’en oublieront pas pour autant le moribond : plusieurs caisses de rosé leur permettront de trinquer à sa santé qui se dégrade.

    Guillaume Canet  recherche l’efficacité. Tous ces gens existent, on les connaît, il les réunit en un tableau sociétal cru mais juste. Drame de bobos raconté par un bobo à des bobos, et que les acteurs jouent sans bobo ni  fausse note au son d’une bonne musique.  Que demande Télérama ? Trouve-t-il qu’il pousse dans le genre larmoyant ? S’il y en a qui prétendent n’avoir pas versé une larme à la fin du film, je suis prête à aller inspecter à la sortie le mascara des dames et les lunettes des messieurs.

    Les gens qui n’aiment pas le peuple ont des idées sociales, les gens qui n’aiment pas les enfants ont des idées pédagogiques, dit Pierre Gripari.  À quoi on peut ajouter que les gens qui n’aiment pas le cinéma ont des idées sur  le cinéma et les développent de préférence dans Télérama. Aujourd’hui, pour mériter l’estime de l’auguste critique, le cinéaste doit lui proposer du faux, de l’absurde, de l’ennuyeux et de l’obscène. Ce qui nous fait, nous, mouiller pour de bon nos mouchoirs.

Suzanne Ably

Dimanche

14 nov

C’est dimanche, que fait notre ami le bobo parisien ? Il s’habille, comme les autres jours de la semaine. Pas de survêt qui tienne, ni de vieilles tennis (sauf s’il passe le week-end à la campagne : auquel cas, il se fera un plaisir d’extraire aussi des profondeurs du grenier la parka et les bottes Aigle qui agacent l’autochtone).

Le dimanche, le bobo habillé, comme il faut, court les trésors de sa Ville lumière. Point de trêve dominicale pour cet être avide d’entertainment. L’homos festivus, ayant depuis longtemps déserté les bancs de l’église au profit des cabines d’essayage, rejoint la file d’attente de l’expo qu’il faut voir sous peine de mort sociale.

Il est citoyen cette France qui se lève tôt – le week-end, s’entend. La grasse mat’, il se la réserve pour les vacances, sauf quelques dimanches matin quand il est sorti la veille. Ce qui est rare. Guincher le samedi soir est un plaisir de ploucs.
Journée chargée pour le bobo : d’abord brunch entre potes sur le coup de 14 h, ou burger party chez soi ou dans l’un des innombrables restos du canal Saint-Martin et du Marais. Éventuellement, un peu de sport, avant de se goinfrer (pain et fromage, terrible association au dire des adeptes du dukan). Mais abdos et fessiers se cultivent encore mieux  en semaine, après la journée de boulot, avec un coach à domicile.
Et c’est parti ! La journée s’annonce longue. Elle le sera. Le bobo consciencieux rassemblera ses dernières forces pour la sortie du dimanche soir dans un des clubs à la mode ou dans l’un de ces p’tits resto de quartier où l’on claque la bise au patron.
Autre possibilité : un cinoche au  Mk2 quai de Seine, dont on possède la carte illimité pour des film japonais sous-titrés coréen.
Non, le bobo ne zone jamais dans son canapé devant un blokbuster américain en VF en se gavant de chocolat, ou pire, derrière son mac à tchater sur Facebook . Pour rien au monde ce malheureux ne fera ça. Dure, dure, la vie d’un bobo.

Jeanne Ably

 

La revanche du burger

13 oct

Qui l’eût cru ? Le burger devient branché.  Synonyme de malbouffe pour le “bio-tiful” people et emblème d’une culture américaine en berne, ce sandwich a trouvé une nouvelle jeunesse aux côtés des pommes frites maison et de la salade verte signée Naturalia.
Mais attention, s’agit pas de se le procurer au MacDo du coin, ça non !  L’homo parisianus, bien dans ses baskets tricolores made in NYC, se le prépare lui-même, n’hésitant pas à l’étoffer d’avocat ou de foie gras et à l’arroser d’un saint-estèphe. So chic !  Voilà  la crêpe-party reléguée au rang de goûter d’enfants, et le brunch de pain et de fromage quelque peu distancé. Le « burgie » règne désormais sur la carte des restos branchés avec la même autorité que le croque-monsieur sur celle du bistrot parisien. Témoin, le très hype Floors, dans le non moins hype dix-huitième arrondissement, qui vous le fait manger à toutes les sauces – et sans les doigts, s’il vous plaît.
Résultat de cette nouvelle vogue : Quick  se met à la page en proposant un burger garanti “bio”. On aura tout vu.

Jeanne Ably

 

Street shopping

11 août

La rue est leur terrain de chasse.
Loin du “smirteur” (contraction de smoking et de flirting) qui drague la chair fraîche du bitume en grillant ce qu’il faut de Marlboro light, le “street shoppeur” – souffrez ce néologisme franglicisant – bat le pavé pour dénicher la vieille paire de bottes, le canapé vintage ou le livre introuvable (premier tome des mémoires d’André Salmon chez Gallimard, par exemple) laissés à l’abandon au coin de la rue, par suite d’on ne sait quel déménagement ou autre avatar domestique.
Usage vieux comme le monde, mais qui trouve maintenant sa place dans la sacro-sainte catégorie des phénomènes de mode.
Le bobo, que l’odeur du neuf débecte, l’a compris : bien plus chic qu’Ikéa, qui ne sert qu’à assouvir la fièvre acheteuse du quidam, le trottoir offre à l’élite cette occasion inouïe de pouvoir consommer malin sans contribuer à la production de masse qui tue, comme chacun sait, notre  planète à petit feu.
Moyen pratique et sans grand risque, en outre, de revendiquer son appartenance à la corporation aristocratique des pauvres hères, et même de justifier son récent emménagement à la Goutte d’Or.
Parfum de cour des Miracles, nostalgie de l’épave.
Plus de honte à faire les poubelles ! Désormais, on repeint, on lave, on rapièce, on ressemelle sans la moindre pudeur, pourvu qu’on n’ait pas la même table que tout le monde !

Jeanne Ably

 

Staycation

1 juin

Terminées les vacances trois étoiles sur des yachts en plein Pacifique, désormais on reste chez soi. Crise oblige, le « staycation », néologisme combinant « stay » et  « vacation », gagne du terrain chez nos amis les branchés. Il devient leur mode privilégié de farniente : profiter des bienfaits de sa ville, tout en réduisant l’émission de gaz carbonique. Rien de plus bobo, puisque écolo. Même Sarkozy a renoncé  à l’ordre de Malte pour le désordre d’une villa dans le Midi. Quant à Johnny, qui dit qu’il ne prétextera pas son récent coup de mou américain pour passer un peu de temps avec Laetitia et les gosses dans le Val-de-Marne ?

        L’été arrive, et Paris au mois d’août, depuis le temps qu’Aznavour nous en rebat les oreilles, pourquoi ne pas essayer.
Programme chargé : bronzette à Paris-plage, ciné en plein air à la Villette, pique-nique sur les bords du canal saint-Martin, concerts de rock au pont de Saint-Cloud, etc. Occasion, en outre, d’écumer les  terres cultivables de la Ville lumière, entendez ses musées et autres expos, dont raffole le « cultivated people ».
Les plus chanceux s’accorderont quelques week-ends dans la maison familiale, non loin de la capitale, à charge pour eux de tondre le gazon des ancêtres et de terminer enfin le premier tome de la Recherche du temps perdu qui moisit dans la bibliothèque…
En fait de temps perdu, ceux-là économiseront les moments qu’ils passaient dans les halls d’aéroports et les embouteillages. Et puis, rien de plus harassant que les voyages. Quant à leur coût, n’en parlons pas. Plutôt que de se ruiner en location sur la Costa Brava ou en thalassothérapie avec le troisième âge égrotant, les malins repeindront leur cuisine et rénoveront leurs tuyauteries. Toutes leurs tuyauteries (régime alimentaire à prévoir). Ils ne s’en porteront que mieux. Bref, on va loin en ne partant pas. Sans parler du pied-de-nez fait au racket du tourisme et des loisirs, qui a érigé en juteux impératif culturel le devoir de vacances et l’obligation des congés. Pied-de-nez est un terme poli. On peut lui préférer le moderne bras d’honneur.

Jeanne Ably

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