Bezbar

19 déc

Nouveau temple de la branchitude parisienne, pour ne pas dire mondiale, Barbès – à prononcer à l’envers pour être adroit – vient à point nommé former la troisième pointe du triangle (d’or) Barbès/Sopi/Goutd’or.

Métro aérien, viaduc à poutres de tour Eiffel, boulevard croisant Rochechouart, Barbès ressemble à la ville des amoureux et des fly books vendus aux touristes à la librairie du Louvre.

Jadis territoire réservé des titis parisiens, squatté ensuite par les vendeurs de Malboro plus sino-marocaines qu’américaines, il est maintenant pris d’assaut par les branchés. Ce, à grand renfort de cinéma d’art et d’essai Louxor sous façade néo-égyptienne – relancé en avril 2013 après un détour de boîte de nuit antillaise  — et de librairie Gibert Joseph qu’on aurait pas crue capable d’un tel dévergondage. Pensez donc ! Traverser la Seine !

Effet boule de neige, l’annonce est tombée telle une feuille de magnolia grandiflora sur une ruine antique : la prometteuse brasserie Barbès va remplacer le Vano brûlé. Voilà le prochain lieu où il faudra être vue, après remise en état par les soins de Pierre Moussié et Jean Vedreine connus pour leur science en matière de troquets. Ils ont Le Mansart et le Sans Souci à leur actif. Grâce à eux, le croque-monsieur gagne et le pickpocket recule.

Fort de l’engouement général, Tati, roi de ce royaume, enseigne maîtresse depuis 1948 et dont le sac est mythique, lance un sweat-shirt sérigraphié « Barbès ». Affolement de la planète mode qui le qualifie de « sweat le plus trendy de la rentrée » par la plume d’une journaliste de l’Express Style. La gloire !

Le style Barbès avait déjà inspiré la mode, repris par des créateurs comme Xuly Bët, star des nineties, et plus récemment par Marc Jacobs pour Vuitton ou par Phoebe Philo pour Céline.
Les décrets pleuvent, le verdict tombe : c’est l’imprimé qu’il faut porter. Sinon, rester nue.

Guérisol. Le lieu de culte. Le sanctuaire. Acheter un carré de soie 500 balles chez Hermès ? Ringard. Pour être chic, chinons un flight jacket à 5 balles chez Gueri. L’élégance française sans maquillage ni bling-bling.

Véritable laboratoire de mixité sous ses airs de Cour des miracles où se marient quotidiennement la femme araignée et le bancroche, Barbès subit à son tour la gentrification voire la brooklynisation et nous rappelle que Paris a ses quartiers populaires, oui, mais pour millionnaires surtout.

Manque plus que l’arrivée d’un Drugstore avec sa bande de minets, qui viendrait clore le chapitre avec grâce.

Suzanne Ably

 

Merci à Zoé pour ses photos extraites du blog Les Babioles de Zoé

 

Fakation

25 nov

L’époque est au néologisme, de préférence en provenance d’une contraction et si possible de mots anglo-saxons. Ce dernier-né vient sauver de l’ennui cette génération  » Petite Poucette  » qu’admire tant le philosophe Michel Serres pour sa faculté d’envoyer un SMS aussi vite que Lucky Luke dégaine son colt.

« Fakation » signifie l’art de mettre en scène et de photographier ses vacances (« vacation ») imaginaires  (« fake ») à l’aide d’outils informatiques, puis de les poster sur Instagram  pour faire pâlir d’envie ses congénères.

La tendance fait rage sur la toile. Elle succède au staycation et vient réveiller l’encéphalogramme de nos friends mis à mal par trop d’avalanches subies : millième cliché du filleul de deux ans à croquer, dix millième gros plan d’une assiette de brunch dominical, soixante millième selfie dont on n’a toujours pas compris l’intérêt, hormis sa consonance qui rappelle un légume de guerre (le salsifis).

Biberonné au cinéma 3D, le geek a chaussé ses lunettes dans une salle obscure, il est entré dans le monde des avatars et a visité l’espace, guidé par un George Cloonesque en pleine gravitude.

Alors, une photo du Havre sous le crachin ? Très peu pour lui !

Ce qu’il veut, c’est épater. Pour ça, la plage de Phu Quôc au Vietnam est plus sûre que celle de Wimereux dans le Nord-Pas-de-Calais.

À quoi servirait Photoshop si ce n’est à économiser un billet d’avion ? L’effet sera le même, grâce à un savant montage.

Mais la question est :  que cherche ce virtuose du clavier ? Frimer ? Parodier ? Se moquer de ses semblables ?
Si c’est le cas, il ne fait que prendre le monde en marche. Son trajet s’effectue finalement sur des rails.

Suzanne Ably

Selfie

12 mar

                 Bienvenue dans l’ère de l’autoportrait à la sauce Instagram. Aujourd’hui, pour avoir l’air cool,  inutile de passer derrière les platines ou d’enchaîner les gardes à vue, suffit de se prendre en photo la bouche en cœur avec son i phone 5,  à charge de balancer le résultat sur les réseaux sociaux. Fastoche.

Couronné « mot de l’année 2013″ par les dictionnaires Oxford, le selfie sévit aussi bien chez les ados à boutons que chez  les stars hollywoodiennes ou les représentants du peuple, sans oublier bien sûr les journalistes, qui alimentent le buzz, ou le malheureux pape François, pris en flagrant délit de selfie à son insu.

Le principe est simple, connu de tous : offrir au plus grand nombre, friends, friends de friends, friends de friends de friends, ex-petits copains, cousins issus issus de germains, le spectacle instantané de son très cher « moi », moi sortant de la douche, moi  caressant le chien du voisin, moi une bière à la main, moi faisant la mayonnaise, moi m’occupant de moi, et ainsi de suite.

Mais attention. L’exercice requiert dextérité et pertinence, à en croire les nombreux magazines et blogs qui disent comment réussir son cliché  : éviter le flash, bien se positionner, ne pas tendre le bras trop loin, penser aux reflets dans ses lunettes de soleil – lesquelle sont l’accessoire indispensable, apprend-on, chouette alors.

Mieux que sa nouvelle paire de Van’s, son burger maison ou ses dernières vacances à L.A.,  le selfie, véritable prouesse,  donnerait l’occasion , selon les experts qui n’ont pas manqué de se pencher sur la question, de se créer enfin son identité idéale. Il serait surtout le moyen de susciter l’envie, but suprême de l’existence, en permettant d’engranger plus de likes et de smileys que sa copine Rachel.

Après facebook qui nous fait perdre la face,  le selfie achève de réduire l’homo ludens  à l’état de profil. Nous v’là bien.

Jeanne Ably

Marathon

25 avr

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       Ces temps-ci, la sauvagerie se signale volontiers par sa spécialité moderne  :  l’esprit de sérieux. Elle met de la gravité dans ce qui est léger, de l’horreur dans la distraction et des bombes au programme des courses à pied. Quoi de plus innocent que d’aimer transpirer en short Nike ? Quoi de plus sympathique qu’un marathonien à l’œuvre  ? Tout comme un chef d’État, cet amateur d’essoufflement affiche des mollets de centurion, une face cramoisie, des aisselles dégoulinantes : mais il est difficile de lui reprocher une action politique, encore moins une provocation. Seul reproche qu’on puisse lui faire : cette rage d’arborer le même équipement flambant neuf que le voisin. On l’aimerait moins soumis aux marques.
              La course à pied, communément appelé footing – ou, plus tendance, running –  explose littéralement, sans mauvais jeu de mots, sur le bitume de nos cités, damant le pion aux Pilates et autres Shiatsu et Vinyasa à la prononciation risquée. Avide de perdre ses deux ou trois kilos excédentaires, surtout depuis qu’il dévore le Fooding et snobe les clubs au profit des restos gastro, le bobo, toutes générations confondues, s’est mis au pas de course. Tandis que la Parisienne brillera à l’occasion de « runs » 100% féminins organisés par Nike ou avec le soutien de la Mairie de Paris ( Cf. La Parisienne) , son bobo de mari pousse le vice jusqu’à traverser l’Atlantique afin d’aller gonfler les rangs de ses congénères à baskets au très huppé marathon de New-York. Ils fuient ensemble les émissions de CO2 pour aller vibrer aux événements bucoliques qui champignonnent çà et là sous les appellations chantantes de Clermontoise, Meudonnaise, Pellouillase. Ce n’est pas tout : le bobo se convertit au trail, épreuve disputée en pleine nature, et au barefooting qui consiste à courir pieds nus sur le trottoir. Seul, entre potes, en famille, par groupes de dix ou vingt, c’est la  grand-messe du dimanche matin. Avec  le résultat que l’on sait : des allées de parc et autres pistes de stade aussi blindées que le périph’ aux heures de pointe.
              Fasse le ciel que cette armée pacifique soit épargnée, oubliée des combats de ce siècle.

Jeanne Ably

 

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Burn-out

4 avr

@Hélène Pambrun

 

Nouveau malaise dans la civilisation, jadis appelé grosse déprime, mauvaise passe, DN (pour dépression nerveuse), aujourd’hui donné comme la marque du ras-le-bol au boulot, ce mot composé s’impose d’autant mieux qu’il se prononce dans la langue de Shakespeare et qu’on lui évite la traduction douteuse des petits rigolos à l’esprit mal tourné.

Burn-out, entendez l’incendie intérieur qui ôte momentanément ou durablement à sa victime asphyxiée par les fumées professionnelles toute espèce de goût au travail et tout ressort. Utilisé pour la première fois en 1969 par Harold B. Bradley pour évoquer un épuisement radical au travail, puis repris par divers psychanalystes érudits, il est maintenant mis par tout le monde à toutes les sauces pourvu qu’il y ait quelqu’un qui bosse trop et s’en trouve mal.

Facteurs mis en cause : web, mail, call conf, bip, meeting, ical, facebook, twitter et tutti quanti. Merci l’Amérique.

Exemples de terrain :

Je suis directeur artistique d’une grande maison de couture française et j’ai voulu aller au-delà de ce qui s’est jamais fait, j’ai modifié la texture des tissus en les enterrant en forêt par les nuits de pleine lune… Burn-out.

Je suis une jeune actrice soudainement propulsée sous les projecteurs, j’ai profité de ma vogue soudaine pour réaliser un film, composer, produire, interpréter un disque, écrire un roman puis une pièce de théâtre, puis mes mémoires relatant tout ça… Burn-out

Je suis un chef d’entreprise qui a monté douze boîtes et malheureusement une de trop, celle qui m’a fait emprunter le millier d’euros fatal… Burn-out

Je suis un prof de bonne volonté avec envie de changer les choses, mais pas moyen dans ce monde cruel… Burn-out

Reste à savoir si ce mot fourre-tout fait avancer le Schmilblick ou s’il ne sert qu’à garnir les conversations d’un franglais pratique, entre deux name droppings et trois bises. Il n’est peut-être que le moyen d’en dire beaucoup tout en analysant le moins possible. Il faut dire que le monde moderne, pour aller vite, est contraint à des raccourcis.

S.A

Campagne

3 mar

Retour à la terre, mort du bling-bling, obsession du tout-vert : la campagne n’a jamais été aussi tendance. En témoignent l’agritourisme et l’Amour est dans le Pré, ces hymnes à la bouse de vache et au travail aux champs. Sans parler du Salon de l’Agriculture où se ruent les familles bobos pour s’extasier, à l’occasion de son cinquantenaire, sur le postérieur des vaches cauchoises et le dernier modèle de moissonneuse-batteuse avec tablette tactile.
Touchés de plein fouet par le syndrome Marie-Antoinette et – moins gai – par la hausse du mètre carré citadin, le parisien rêve de plus en plus d’une grange à retaper à deux heures du périph’. Le but : se ressourcer. Entendez : manger les produits du potager, en famille ou entre potes. Refaire le monde loin des fumées de bagnole et des panneaux publicitaires.
Les peoples donnent le “la” de cette symphonie pastorale : quand ce n’est pas Kate Moss qui chaudronne des confitures dans son manoir anglais, c’est Lily Allen qui veut emménager dans une yourte à Glatonsbury, ou Isabelle Marant, adepte de la new modestie, qui s’exile dans une cabane des environs de Paris, sans eau ni électricité.
Après, savoir si ces gens-là jouent le jeu jusqu’au bout, s’ils coupent leur iphone tout le temps d’un week-end… c’est une autre question.
Pratique, faut dire, l’application GPS, pour localiser le plus proche Auchan dans le trou-du-cul du monde.

Jeanne Ably

Photos : Hélène Pambrun


 

Amour 2.0

21 fév

                   Révolue l’époque où les mecs poireautaient à la sortie des lycées à grand renfort de Marlboro lights en attendant les filles qui se laissaient draguer. L’amour 2013 se trouve sur ordinateur par la magie d’adopteunmec.com, élu site de l’année par les magazines branchés et leurs bobos de lectrices.
                   C’est la grande nouveauté : Juliette ne se gêne plus pour crier sur les toits qu’elle cherche et trouve ses Roméos sur la toile. Le principe est connu : madame se balade dans les rayons, monsieur attend. Elle le jette dans son caddie, il affiche l’air content.  Pas de RSL ni de marivaudage. Au supermarché des rencontres, la cadresup’ aussi à l’aise dans ses Louboutin que dans ses baskets à talon choisit selon l’envie du jour, sans risque de passer pour la nympho de service ou la mal-baisée chronique. Un baroudeur à barbe de trois jours buvant sec et tirant sur des cigarillos, les jours de fêtes ; un agrégé de lettres aux ongles polis, les jours de semaine; un fou d’ Arte + 7, le dimanche soir. L’arrière boutique aux stocks sans cesse réapprovisionnés regorge d’articles mâles tous plus tentants les uns que les autres et propose même, à l’intention des gloutonnes, des spécialités régionales : le Corse ténébreux, le Marseillais supporteur de l’OM, le Sarthois caritatif, l’apatride méditatif. Qu’on se rassure : les produits dont la composition ou la provenance ne sont pas tout à fait sûres sont dégagés au même titre que, chez Fauchon, la lasagne au cheval roumain.  Et pas de temps à perdre : l’amour 2.0  est un produit qui se consomme vite fait bien fait, économie faite de l’amour et du hasard. Deux ingrédients définitivement has been.

Jeanne Ably

Banlocalisation

4 fév

Has been la Goutt’d’Or et SoPi, le bobo sans foi ni loi franchit le périph’ en quête de frissons. Délaissant son fief le temps d’un brunch dominical, il s’aventure aux puces de  Saint-Ouen pour  une résa, bistronomie oblige, chez Ma Cocotte, qui fait la une du Fooding depuis que son père fondateur, Philippe Starck, a délaissé  le nord de Paris et ses «  kibbout urbains » pour investir ce qui n’était naguère qu’un terrain vague.
        Déjeuner, puis expo à Pantin. Terminé le 104 :  trop accessible. L’événement qui permet désormais de célébrer la dernière réussite de l’art « comptant pour rien » est la biennale Déco et création d’art, à Pantin, sans parler des nouvelles galeries hypes, parmi lesquelles l’espace Larry Gagosian, abrité dans un ancien hangar de l’aéroport du Bourget .
        Mais attention, si le nord de la capitale est particulièrement prisé, les temps changent et notre bobo, aussi volage que téméraire, pousse le vice jusqu’à risquer sa réputation dans l’ouest de Paris. Shopping à Levallois-Perret, dans le très chic centre commercial So Ouest, ou balade dans le quartier trapèze à Boulogne-Billancourt, nouveau Willamsbourg où champignonnent les concepts store et les épiceries fines.
        Ce  n’est pas fini : le bobo remonte à ses sources et s’enfonce, ni vu ni connu, dans le 78, pour faire le marché et redécouvrir le château de Versailles, restauré dans son cœur par Jeff Koons et Murakami. Il pique-nique, l’été venu, au parc de Saint-Cloud avec tables de mixage et ce qu’il faut de Kronenbourg, puis se rue aux Jardins de Bagatelle à l’occasion du très beau-beau festival We love green. Et puisqu’il est insatiable, il file découvrir en exclusivité le centre Beaubourg de Metz tout en se  répandant en hyperboles au sujet de Marseille, promue capitale européenne de la culture, comme le sait quiconque n’y essuie pas des tirs de Kalachnikof.

Jeanne Aby

Bomeur

18 nov

Ce n’était pas bien compliqué : bomeur, contraction de « bobo » et  de « chômeur ». Dans une société qui sécrète le néologisme comme la pop star, Nathanaël Rouas, ex-créa’ de son état, a eu la riche idée de fondre les deux termes pour donner naissance à ce nouvel alliage lexical et urbain. Là où d’autres se contentent de bayer aux corneilles, notre jeune homme de 28 ans, plus moraliste que sociologue, crée dans la foulée un Tumblr dans lequel il raconte (avec humour) le quotidien passionnant de cette espèce en voie de prolifération, dont il se pose en spécimen représentatif.

Sans parler du reste : page Facebook, compte Twitter, application Instagram, etc., où il relaye l’info à grand renfort d’updates. Lever 11 h, 13 h déj en terrasse avec un pote, suivi d’un pseudo rdv boulot où ça parle projet ultraconfidentiel autour d’un p’tit café. Enfin apéro, puis sortie en club. Ainsi de suite. Le bomeur, à l’instar du chômeur, voire du slasheur, cultive l’art de se la couler douce en bonne conscience.  Ses dix stages de trois mois enchaînés et terminés, il profite d’un premier CDD de six mois pour pointer au Pôle emploi. Moyennant quoi il peut partir faire des photos à l’autre bout du monde, tandis que les copains se tuent à des burn-out dans les open spaces.

En soi, rien de nouveau, si ce n’est que les médias (Libé et les Inrocks en tête), en quête de sujets, s’emparent du phénomène et alimentent le buzz. Conclusion : de bomeur, voici notre histrion promu VIP. On connaît la suite : bientôt l’entrée du mot dans le Petit Robert. Et demain un roman chez Grasset. En attendant, Nathanaël court les plateaux de télé et les interviews.  Il y a de bonnes idées qui sont des coups de génie.

Jeanne Ably

 

Monop’

12 nov

Clientèle branchée, lumière tamisée, inscriptions pop art, vêtements de créateurs… Bienvenue chez Monop’ !  Le bobo, qui raffole du beau-beau et fait ses courses au jour le jour, trouve en Monoprix son enseigne fétiche. Fini le shopping chez APC et Bonton : la Parisienne, victime elle aussi de la crise, trouve son bonheur à tous les rayons : même à celui des messieurs, où elle relooke son mec de pied en cap. Faut dire, Monop’ possède son propre bureau de style, lequel défriche les tendances avec une promptitude de puma et multiplie les collaborations avec les plus grandes griffes de la mode à l’instar de H&M. Côté bouffe, la chaîne de magasins, née à Rouen en 1930 via une image de supermarché populaire à bas prix, crée le buzz avec ses packagings wharoliens et ses slogans accrocheurs, du type « Non au junk design », qu’on trouve placardé à tous les coins de rue. Ce n’est pas tout : surfant sur la vague bio, Monop’ remplit ses rayons de galettes de riz et de quinoa 100% green. Elle fait la une des magazines et n’hésite pas à hausser une boîte de tomates au statut d’oeuvre d’art pour les besoins de sa campagne publicitaire signée Havas City, avec les honneurs du centre Pompidou en 2010.  Rien que ça.  Bientôt un carré VIP dans les boutiques de la capitale et, qui sait, un physio à l’entrée des lieux. La petite est devenue grande.

Jeanne Ably

 

 

Génération de Profils

17 oct

Devinette:
Il a transformé un geeck boutonneux de White Plains au sex appeal de limace (option latin-grec, tout de même) en milliardaire.
Il est entré en bourse, brasse des millions, émeut le CAC 40.
Il inspire le cinéma.
Ses deux syllabes américanoïdes sont sur toutes les lèvres.
Il relie le quidam du Vaucluse au berger des Pouilles en un clic,
l’habitant du Larzac au plouc du Montana en un poke,
le poète de l’Alaska au griot d’Afrique en un like!

BONNE RÉPONSE  !
Facebook tag, fédère, associe, retrace.
Nous offre le don d’ubiquité dont nous rêvions.
Plus question d’être citoyens de la France ou du monde, nous sommes  des moucherons pris au piège de la vaste Toile sous la domination de l’araignée suprême.

Attention, rien n’est gratuit.
Il y a quelque chose que Facebook nous prend en échange de notre omniprésence planétaire : il est « facephage ».
Nous lui avons cédé notre face pour devenir profil. Bas.
Nos milliers d’amis, nos enfants, nos neveux, nos tantes et nous-mêmes…  par générosité ou par zèle, nous balançons tout : nom de l’âme sœur, échographie du bébé à naître (profil prénatal), photos de famille, de vacances, d’accouchement, infos sur notre santé, plats que nous mangeons, choses que nous pensons, endroits où nous nous grattons…
Jusqu’où continuerons-nous de perdre la face?

Suzanne Ably

Slasher

11 oct

        Tout ce qu’il voit l’inspire, tout ce qu’il lit le convainc, tout ce qu’il entend l’influence. Agent immobilier le jour, Dj le soir, aussi bien acteur que chanteur, prof de yoga ou photographe, mannequin et bloggeur, le slasheur ou #slashGen – de la touche « slash » qui permet le et/ou – est partout.
        Mieux que Batman et Hercule (Poirot) réunis, cette génération, née avec une télécommande à la main et un doudou dans l’autre, cumule les jobs et fait des séjours à Bali comme d’autres vont à Levallois. Ses représentants s’illustrent dans les soirées mondaines tout autant que sur leur « wall», ils sont toujours sur la photo.
        Purs produits d’une société de consommation qui érige en icônes les déesses Facebook et Instagram, et fait de l’instantanéité une urgence, ces trentenaires multitâches, bien mieux dans leurs vies Pro/Perso/RS/Créatif/ que dans leurs CDI, veulent certes gagner de l’argent, mais à condition de ne pas se laisser moisir en openspace à subir les gloussement de leurs collègues à eau de Cologne.
        Plus rêveurs que maudits, ces esthètes modernes ne connaissent ni l’ennui ni le spleen, déployant leur énergie à conquérir leur épanouissement personnel avec en somme un objectif : se hisser au sommet sans trop se donner la peine de l’escalade. Ok pour l’ascenseur social mais s’il tombe en panne, pas question de prendre l’escalier et encore moins l’échelle de secours : trop fatigant, et plutôt craignos.

Jeanne Ably

 Bijoux : Lili Storm

 

Street Golf

7 sept

©GildasRaffenel

 

        Truc de hipster au même titre que le pignon fixe ou la barbe de six jours : le street golf, petit dernier de la sacro-sainte « street culture ». Après le street food, le street fishing et le street shopping, à nouveau on s’approprie la rue pour en faire un terrain de jeu.
        Et quel terrain ! Le bitume et les baskets Nike tenant lieu d’herbe rase et de chaussures à crampons, l’urban golf détourne les monuments de la capitale en autant d’obstacles d’un parcours sans limites. Le Parisien, qui aime sa liberté et préfère jouer à la pétanque en sirotant une Suze plutôt que de passer ses week-end au club house de Rambouillet, trouve dans cette discipline des temps urbains une alternative juteuse : non seulement, il n’a pas à traverser le périph’, mais il peut se targuer d’avant-garde.
        Attention toutefois : la tendance qui fait rage dans les pays nordiques  s’affiche chez nous depuis 2003 sous forme d’un collectif  au nom évocateur : le Dix-neuvième trou.  Rassemblant des streetgolfeurs mais aussi des musiciens, des graphistes, des graffeurs, des gaffeurs et autres gars avec leurs soeurs, cette confrérie organise à elle seule nombre d’événements destinés à faire bouger la planète street golf. Il est  temps de s’y mettre. Pour cela, rien de plus simple : le street golf se joue n’importe où, à la plage comme à la ville, à charge de viser n’importe quoi, une poubelle, une bouche d’égout, une statue, une colonne Morris, une fontaine Wallace, la casquette d’un sergent de ville ou les carreaux du voisin. ( libre à vous de trouver  plus drôle !) 

Prochain événement en date : le Paris Pro Tour Master Classic’12, organisé par le collectif Dix-neuvième trou ( plus d’infos ici )

Jeanne Ably

 

© Antoine Mone

©GildasRaffenel

©GildasRaffene

 


La revanche du super-héros

30 août

                Révolution au cinéma, le justicier costaud n’a plus rien à envier à Élodie Bouchez ni à la muse de Ken Loach. Il les a remplacés dans le cœur du branché. Has been, le dépressif anorexique d’Almodovar ! Rendu à son triste sort, le looser new-yorkais à états d’âme ! Fini, le snobisme antiblockbuster ! Pour créer l’émoi, plutôt que de raconter le dernier film japonais sous-titré coréen enduré l’autre soir sur écran plat en sirotant sa soupe miso, mieux vaut proclamer qu’on est allé voir le dernier Batman .

               L’adulte s’étant mué en adulescent, il délaisse les cause sociales, jugées rébarbatives, pour les héros de son enfance. Lesquels se distinguent par une cuirasse en plastoc incassable, par une capacité à voler sans avoir pris de cours de parapente, et par une schizophrénie sur laquelle les freudiens pourraient aligner des thèses.

              Et pendant que le bobo français blablate, son homologue américain agit.

             Aux États-Unis, la mode  fait rage : devenir l’un deux. Pas un psychanalyste freudien, non. Mais un de ces héros qui sauvent des vies fictives, faisant au besoin quelques cadavres réels (tuerie du Colorado).

             Il est possible là-bas de tomber sur Superman ou Speederman au bas de chez soi  — et même, avec de la chance, sur une Catwoman aussi sexy qu’Halle Berry. Ces personnages désormais courent les rues. Sous leur panoplie se cache la frustration de ne pas pouvoir plus souvent rigoler en habit de lumière, et sans doute un refoulement de.justiciers avides de distribuer cotons-tiges et paquets de chips aux miséreux. 

            Il est vrai que dans leur costume et sous leur masque, le prestige est assuré. Plus besoin de faire des miracles. L’allure suffit.
Si Jésus avait porté un loup noir et des oreilles de rat, il aurait fait carrière.

Suzanne Ably

 

Mariage

26 juil

Kate Moss et Jamie Hince, Sofia Coppola et Thomas Mars, Angelina et Brad Pitt (attendus de pied ferme pour l’été), tous donnent le la de la Messe en si en relançant le mariage. C’est décidément plus glamour que le Pacs, juste bon pour les banlieusards en mal de potes et les transsexuels avides de reconnaissance.
        La Parisienne aussi se fait passer la bague au doigt en présence du Tout-fashion, consécration sociale de son amour pour le mec qu’on lui connaît : il a le mérite de se trouver là et de tenir le choc.
        Mais attention : s’agit pas de se marier à l’aube de ses 25 ans aux frais de papa dans la gentilhommière familiale, au prix des traditionnels discours soporifiques suivis de sketches débiles. Oh que non ! La Parisienne, du haut de ses trente ans bien arrosés, possède un sens aigu de la « night ». Elle se marie en robe courte de créateur et Louboutin, faisant venir de Berlin le dernier DJ à la mode.
        La cérémonie sera (avec Calvi on the Rocks et the Big festival) l’événement de l’été. Prière aux vieillards édentés et aux enfants braillards de s’abstenir. Pour y assister, les amis VIP auront interrompu leurs vacances et notre princesse des temps modernes, clope au bec et bouteille de champagne à la main, les en remerciera en passant derrière les tables de mixage sitôt sonnés les douze coups de minuit.
        Pour recevoir ce beau monde, nul besoin d’un château à pelouse. Une chaumière normande avec buffet champêtre suffit. Ainsi l’ordonnent les préceptes de la New modestie, dont se réclament les stars. À la limite, un restau ou un bar de la capitale fera l’affaire, à condition qu’il soit underground et que les mariés connaissent intimement le patron. L’important c’est que le champagne – Dom Perignon grand cru – coule à flot. Sans parler de tout ce qui circule sans tabou, alcool de pointe et substances illicites. Nous vivons une époque intensément glamour.

Jeanne Ably

Photos : Hélène Pambrun

 

 

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