Archive | novembre, 2012

Bomeur

18 nov

Ce n’était pas bien compliqué : bomeur, contraction de « bobo » et  de « chômeur ». Dans une société qui sécrète le néologisme comme la pop star, Nathanaël Rouas, ex-créa’ de son état, a eu la riche idée de fondre les deux termes pour donner naissance à ce nouvel alliage lexical et urbain. Là où d’autres se contentent de bayer aux corneilles, notre jeune homme de 28 ans, plus moraliste que sociologue, crée dans la foulée un Tumblr dans lequel il raconte (avec humour) le quotidien passionnant de cette espèce en voie de prolifération, dont il se pose en spécimen représentatif.

Sans parler du reste : page Facebook, compte Twitter, application Instagram, etc., où il relaye l’info à grand renfort d’updates. Lever 11 h, 13 h déj en terrasse avec un pote, suivi d’un pseudo rdv boulot où ça parle projet ultraconfidentiel autour d’un p’tit café. Enfin apéro, puis sortie en club. Ainsi de suite. Le bomeur, à l’instar du chômeur, voire du slasheur, cultive l’art de se la couler douce en bonne conscience.  Ses dix stages de trois mois enchaînés et terminés, il profite d’un premier CDD de six mois pour pointer au Pôle emploi. Moyennant quoi il peut partir faire des photos à l’autre bout du monde, tandis que les copains se tuent à des burn-out dans les open spaces.

En soi, rien de nouveau, si ce n’est que les médias (Libé et les Inrocks en tête), en quête de sujets, s’emparent du phénomène et alimentent le buzz. Conclusion : de bomeur, voici notre histrion promu VIP. On connaît la suite : bientôt l’entrée du mot dans le Petit Robert. Et demain un roman chez Grasset. En attendant, Nathanaël court les plateaux de télé et les interviews.  Il y a de bonnes idées qui sont des coups de génie.

Jeanne Ably

 

Monop’

12 nov

Clientèle branchée, lumière tamisée, inscriptions pop art, vêtements de créateurs… Bienvenue chez Monop’ !  Le bobo, qui raffole du beau-beau et fait ses courses au jour le jour, trouve en Monoprix son enseigne fétiche. Fini le shopping chez APC et Bonton : la Parisienne, victime elle aussi de la crise, trouve son bonheur à tous les rayons : même à celui des messieurs, où elle relooke son mec de pied en cap. Faut dire, Monop’ possède son propre bureau de style, lequel défriche les tendances avec une promptitude de puma et multiplie les collaborations avec les plus grandes griffes de la mode à l’instar de H&M. Côté bouffe, la chaîne de magasins, née à Rouen en 1930 via une image de supermarché populaire à bas prix, crée le buzz avec ses packagings wharoliens et ses slogans accrocheurs, du type « Non au junk design », qu’on trouve placardé à tous les coins de rue. Ce n’est pas tout : surfant sur la vague bio, Monop’ remplit ses rayons de galettes de riz et de quinoa 100% green. Elle fait la une des magazines et n’hésite pas à hausser une boîte de tomates au statut d’oeuvre d’art pour les besoins de sa campagne publicitaire signée Havas City, avec les honneurs du centre Pompidou en 2010.  Rien que ça.  Bientôt un carré VIP dans les boutiques de la capitale et, qui sait, un physio à l’entrée des lieux. La petite est devenue grande.

Jeanne Ably

 

 


Social Widgets powered by AB-WebLog.com.