Archive | mars, 2012

Street food

30 mar

 

Aux oubliettes, l’ancestral jambon-beurre et le vénérable croque-monsieur servis sur le zinc au bon vouloir d’un garçon psychorigide. Place au burger et au hot-dog !

C’est officiel : la Street Food envahit notre capitale. Élevée dans  le besoin maniaque d’un couteau et d’une fourchette, voici la Parisienne réduite à manger avec les doigts sur un coin de trottoir.
Droit débarquée des States, patrie de la malbouffe et du fast-food, la tendance va de pair avec une furie qui s’affirme depuis peu chez nos chefs étoilés et leur clientèle de gourmets. Burger au fois gras sauce à la truffe, burger Colombo, Fish and Chips haddock aneth, toutes les audaces sont permises pourvu qu’on en parle.
Dernier spot à la mode : le Camion qui fume, premier food truck de Paris. Pour les incultes, il s’agit d’un camion-cuisine qui sert des burgers bio moyennant deux heures d’attente et plusieurs dizaines d’euros.
Quant aux magazines branchés, ils organisent des soirées sous le saint patronage de la Street Food. Prochaine en date : la Street Food Graffiti. Programmation alléchante, organisée par le gratuit épicurien le M.I.A.M. 

Plus d’infos ici.

Jeanne Ably

 

Physio

18 mar

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Figure incontournable des soirées parisiennes et Rastignac des temps modernes : le videur. Rayban sur le nez et chaussures APC aux pieds, le physio 2012 a grimpé les échelons de la night. De gardien de porte le voilà devenu tyran de la nuit, régnant d’une main de fer (dans un  gant de boxe) sur le pauvre manant. Ni pitié ni miséricorde : d’un geste, notre cerbère renvoie au caniveau le misérable qui pensait s’en extraire, et refoule l’impudent qui croyait franchir l’entrée. Un seul de ses sourires ouvre aux heureux élus les portes d’un royaume, celui  de la branchitude.

Ses amis sont les peoples, comédiennes, rockeurs, politiciens et autres animateurs télé auxquels il claque des bises à tout va. Trop aristo pour le métro, il ne circule qu’en voiture de collection. Et puis quoi encore !  Quant à ses vacances, c’est au Cap-Ferret ou à South Beach, à grand renfort de Dom Pérignon et de name-dropping.

Forcément, le physio, après les « fils de » et les rappeurs multirécidivistes, se lance dans le cinéma. Il prend la pose dans les magazines. Libé lui consacre ses colonnes, surtout quand il a tué un resquilleur et défiguré deux bourgeoises. Sans parler de la blogosphère, qui chante ses louanges à voix multiple et vibrante. Bientôt, un roman. Et dans quelques années, le biopic tant attendu. C’est le héros balzacien dans sa splendeur. Son programme : être Joey Star ou mourir. S’il reste sur le marché une princesse de Monaco, il l’épousera.

Jeanne Ably

 

Ping-pong

13 mar

Après la pétanque, la boxe ou, moins répandue, la course en escarpins, c’est le Ping-pong, longtemps relégué au rang de manie de jardin (voire de garage) qui devient The sport-to-do.

À Berlin, Tokyo et NYC, villes ô combien célébrées, et dans une moindre mesure entre les murs de notre capitale, la tendance fait rage. Bars à Ping-pong, soirées « tournantes », accessoires de luxe, tout y passe. Même les people s’y mettent. Pour n’en citer que trois : George Clooney, Scarlett Johansson et Suzan Sarandon. Cette trinité ne jure plus que par la petite balle blanche et la taquine ardemment dans quelques bars spécialisés. Citons le Spin club, qui devient l’endroit le plus en vue de Manhattan et le Fat Cat, club de jazz  underground du West Village qui offre la possibilité à ses clients de se faire une petite partie  entre deux sets de jazz.

Quant aux créateurs, ils ont saisi la balle au rebond. C’est le moins qu’ils pouvaient faire. Ils proposent la panoplie idoine : housse brodée à la main signée Jonathan Adler et set de raquette Diane von Fürstenberg.

Ce n’est pas tout : à l’honneur dans les clips et sur nos murs, le « Ping » devient une source intarissable d’inspiration pour tout ce qui est musicien, designer ou homo artisticus. La preuve par le son.

J.A

 

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TDP

5 mar

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Plus chantant que RAS ( rien à signaler) et plus « bon enfant » que NTM (nique ta mère), le sigle du moment est TDP : trop de peine.
À utiliser à toutes les sauces, amères ou aigres-douces.

S.A

 

 

Chronologie du bobo

3 mar

Photo : Hélène Pambrun

 

Les bobos : combien d’échanges à leur sujet, combien d’articles de presse, de bouquins, de blogs en leur honneur, de sketchs, de quizz et combien de néologismes infamants : hipsters, boboland, broots, bobo lit, etc. Les pipelettes ne sont pas en reste de rubriques : les bobos et le bio, les bobos et Sopi, les bobos et le streetshopping, les bobos et le hamburger. Etc., etc.
     En ligne de mire : toi, moi, lui, elle, vous, nous tous.
     Démonstration : elle a  entre vingt et trente ans, porte un manteau de fourrure, adore les vieux bistrots et jouer à la pétanque sur les bords du canal : bobo ! Ils ont la trentaine, viennent d’acheter dans le dix-huitième, tiennent un blog et inscrivent leur marmaille dans des écoles privées : bobos ! Vous avez quarante balais, retapez une bicoque, mangez de saison et allez bosser à Vélib ? Bobo ! Eh oui, c’est ainsi : qu’on le soit né ou qu’on le soit devenu, qu’on refuse de l’être ou qu’on le revendique, on est tous des bobos de merde. Impossible d’y échapper.

Un peu de rétropédalage historique à propos de cette espèce proliférante.

2008 : victoire de Barack Obama. Jour de liesse pour le révolutionnaire dans l’âme, qui rêvait du sénateur Palmer de “24 heures Chrono” aux commandes de la planète, histoire d’effacer des siècles d’esclavage et de pouvoir adoooooorer sans scrupules NYC et South Beach.

2001 : élection de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris. L’assoiffé de culture et l’adepte du deux-roues ne pouvaient rêver pareille apothéose. Paris plage, Nuit blanche, Expos nocturnes, toutes les occasions sont “juste trop bonnes” pour s’en donner à coeur joie.

2000 : Le terme “bobo” apparaît pour la première fois sous la plume de David Brooks, journaliste, dans un essai intitulé “Bobo in Paradise”, pour désigner ces New-Yorkais à la pointe de la mode qui délaissent l’Uper East Side pour s’aménager des lofts dans des  entrepôts  désaffectés de Brooklyn. Phénomène qu’on appellera plus savamment «gentrification» et auquel est imputée l’augmentation du prix du mètre carré et du kilo de tomates dans les quartiers  populaires.
L’appellation s’étend au monde entier. À Paris, Londres, Barcelone, Moscou et même Marseille, Lyon ou Tours, oubliée la gauche caviar, le bobo devient la star des gazettes et des dîners, le gardien de la pensée unique, le leader des tendances.

1995 : Mise en place des Amap (associations pour le maintien de l’agriculture parisienne). Le bobo préfère trouver de la terre et des cailloux dans sa salade plutôt que des pesticides et du Paraben. Il vous sert des gratins de topinambours et des rutabagas poêlés, merveilles que le banlieusard avait reléguées dans la catégorie des “trucs qu’on mangeait pendant la guerre”.

1984 : Steve Jobs met au point le Mac, assurément plus looké et ergonomique que le PC de Gates (enfoiré de capitaliste). Suivent l’iPod, de l’iPhone et l’iPad (prononcer aïe!) pour lesquels le bobo vendrait père et mère et même sa bicyclette des années 30.

1981 : Création de Radio Nova. Musicalement libre, à fond pour le métissage des cultures et seule capable d’enchaîner un Bob Dylan, un vieux Miles Davis et un morceaux de funk inconnu au bataillon. C’est l’unique radio avec France Cul. à être digne du bobo. Lequel vient d’avoir une grande joie : l’élection de Mitterrand (François) à la Providence de la Ripoublique.

Jeanne Ably

 


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