Archive | février, 2012

Vernis

27 fév

Le vernis à ongles, jadis monopole des rombières et des filles de concierge, revient en force.

Moins tape-à-l’œil que le rouge à lèvres, moins cher qu’un sac Chanel, il est au bout de tous les doigts, depuis le baby spa jusqu’au cougouar (traduction du globish « cougar »), en passant par les first ladies et autres têtes couronnées.

Résultat : les bars à ongles à 5 € le badigeon – hors de prix, faut le dire – champignonnent dans la capitale à côté des bars à vins et des salons de coiffure bio.

Même le Monde dans son numéro du 10 février consacre au phénomène une page, tandis que les journalistes de mode se demandent quel ton, du gris taupe, du vert sapin, du beige pétale, du jaune mimosa ou du rose morning, arborera Kate Moss au printemps pour édicter ses Dix Commandements : ceux sans lesquels nous risquerions d’acheter le mauvais sac, ô rage, ô désespoir.

Jeanne Ably

 

Goudemalion

19 fév

 

Plus que quelques semaines avant la fin de l’expo Jean-Paul Goude aux Arts-déco. Prétexte à revenir, avant d’être taxées de has-been, sur l’œuvre de l’un des plus grands photographes de sa génération. Occasion aussi pour les retardataires et les autres, mécréants, provinciaux et mères de famille débordées, de redécouvrir l’univers fantasque de ce fabricant d’icônes et de rêves qui, bien avant Photoshop, étirait les déliés et scalpellisait les formes à coups de ciseaux magiques.

Osons le dire : on a tous quelque chose de Jean-Paul Goude, plus encore que de Tennessee. Pas une campagne signée de son nom qui nous ait échappé, petits et grands, bourgeois et bohèmes, marxistes et libéraux. Partout, dans le métro, à la télé, sur les bus, Jean-Paul Goude appose son clic-clac incisif, vrai tyran artistique. Mode, musique, pub, presse, partout il est ! Qui ne revoit, vingt ans plus tard, Vanessa Paradis en Chanel dans sa cage à serin ? Qui ne se souvient, ému, des Kodakettes tout de rayé vêtues ?
Idem pour Laetitia Casta, tantôt femme fatale, tantôt moustachue pour les Galeries Lafayettes, ou pour la chanteuse Grace Jones – dont il aura eu un fils, Paul – tour à tour panthère noire, boxeuse et acrobate.

La liste est longue de ces images ( Perrier, Citroën, Eden, Égoïste, etc ) qui sont maintenant comme chez elles dans l’imaginaire collectif, faisant de Jean-Paul Goude le Pygmalion, mieux, le Goudemalion de son temps. À cette nuance près qu’il ne donne pas vie à ses modèles, qui n’en attendaient pas tant de lui. Il fait mieux : il les immortalise. Un mythe est né.

Jeanne Ably

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Goutt’d’or

10 fév

Un nom précieux pour cette pépite mitoyenne de Montmartre, mère patrie du regretté Alain Bashung et de Fabrice Lucchini. Pas des moindres.

Sortant du métro Château-Rouge, ce n’est pourtant pas les paillettes qui sautent aux yeux. Il faut se frayer un passage entre les « poulets » à la main lourde (pour ce qui est de distribuer les prunes)  ; les marchands à la sauvette (qui jouent au chat et à la souris avec les CRS) ; et la foule omniprésente et pérorante des piétons.

On prend des rues aux noms agréablement franchouillards, rue des Poissonniers, rue Poulet, rue de la Charbonnière…

On s’aventure dans ce Wall Street du deal, population haute en pigments et bourrée de piments. Allées et venues et brouhaha intenses, ruelles pleines d’odeurs et de voix résonnant entre les beaux immeubles, pavé garanti « vieux Paris », celui d’Aristide Bruant, l’ancêtre de Brassens et de Doc Gynéco. Plus trash mais aussi plus underground qu’Amélie Poulain.

Dans ce décor, point de Japonais dégainant un Canon EOS550D, ni de bars à sushis, ni de boutique American Apparel. Amis de Saint-Germain-des-Près et du Marais, qu’attendez-vous pour consulter le PAP et connaître enfin la vraie vie ?

Ici, on trouve de quoi faire le maffé. Sur ce marché parisien sont importés diverses sortes de légumes africains, en quantité si importante, dit-on, que les gens de là-bas en sont privés. Mythe urbain ? En tout cas, la banane plantain arrive par conteneurs entiers tous les jours à la Goutt’ d’or.

Pas seulement elle. La charcuterie du Cochon d’Or porte bien son nom. Tenue par un couple charmant, dont le mari a été immortalisé par le célèbre Martin Parr pour l’exposition « The Goutte d’Or », la boutique propose du porc pur porc, de l’alcool avec alcool et autres délicatesses prohibées. On est conquis.

Avec un peu de chance, vous croiserez un « dandy sapeur« , au chic inégalable, régnant sur le périmètre. Instant de grâce.

Ce morceau de Paris n’inspire pas seulement les photographes. Les romanciers l’ont chanté. Zola y planta un décor de son « Assommoir », et Bernard Nabonne en tira un récit au titre sans équivoque : « La Goutte d’Or ». Mais c’est Malika Ferdjoukh qui en parle le mieux. Elle confie dans un manifeste collectif, « Lire est le propre de l’homme » (l’école des loisirs, éditeur)  LA rencontre qu’elle y fit dans son enfance : celle d’Yvette, la prostituée qui lui a donné le goût des livres.

À  la Goutte d’Or, pas encore de jeunesse dorée, mais des bobos par convois, avec ce qui va avec : fleuristes, crêperies bio, « petits » cavistes à cent euros la bouteille, et même un projet de fabrique de bières artisanales.

Pas encore de boutique The Kooples, Dieu merci. Cette goutte-là ferait déborder le vase d’or.

Suzanne Ably

 

Lana del Rey

6 fév

Lana del Rey : le nom est sur toutes les lèvres, le visage dans chaque rétine, la voix dans pas mal de Blackberrys. Qu’on aime la musique ou non, qu’on l’ait ou non youtubisée, on ne peut que connaître celle qui a détrôné la môme Béart au royaume de la bouche en ventouse.C’est le conte de fées moderne. D’un coup de clic magique, quiconque possède un tant soit peu de talent assorti d’un minois de poisson-lune peut jaillir du néant et mettre le feu à la toile.

Le buzz, qu’on appelle ça. Un buzz fait pour retomber aussi vite qu’il s’est levé. Le hipster qui s’empiffre de musique renie dès le lendemain ce qu’il portait aux nues la veille. Il vous balaye ça d’un revers sur Facebook et Twiter, sitôt que l’objet de ses délires a fait un peu trop parler de lui (comble du vulgaire).

Que penser de la nouvelle diva du Net ? Pur produit marketing, comme aiment à le dire les journalistes et autres carnassiers du Web ? Nouvelle icône en or massif ? Est-elle bien celle qu’on attendait et qui, après Garbo, B.B ,Vanessa Paradis, Madonna et Lady Gaga, nous permettra d’affronter le marasme ambiant ?

Dans l’album écouté à la va-vite, une chanson retient notre attention : « ‘Video games ». Plagiat d’un titre grec de 1991, murmurent les mauvaises langues. Il n’empêche. Le résultat est là. Sans Lana, nul n’aurait jamais ouï dire quoi que ce soit de ce morceau, et je ne serais pas en train de taper ces lignes.

 

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Jeanne Ably

 

 


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