Archive | janvier, 2012

Pola

23 jan

Photo : Mr. pergola

Sa mort était annoncée au début des années 2000, ère de prolifération du numérique. Dix ans plus tard, le Pola, immortalisé par Valérie Lemercier dans le film culte Les Visiteurs, opère un retour en force. Plus authentique, plus pratique, offrant surtout une image de qualité « vintage », l’antique boîtier de nos enfances devient l’outil chéri des happy few, lesquels se ruent chez Colette pour se le procurer.

Las de compiler des kilomètres de photos sur leur disque dur sans jamais les palper, ils boudent les apéro-photos-de-vacances-de-Trucmuche sur écran, pas moins soporifiques qu’un discours de mariage, pour s’entre-mitrailler dans les soirées mondaines, avec l’avantage indéniable de repartir les poches pleines de portraits maculés de vin rouge. Idem pour les créateurs qui préfèrent shooter leur mannequin au pola plutôt qu’au numérique ( bien plus chic ).

Résultat : Polaroïd relance son antique Pola, avec un nouveau modèle référencé Z340 capable d’imprimer instantanément la photo mais aussi de la stocker sur une carte mémoire ; la marque Impossible Project lance le film couleur pour Polaroïd 600 ; et, bien-sûr, Apple crée son appli 9.6, pour les radins que rebuteraient les 18 euros que coûte une pellicule de 20 clichés.

Napoléon est mort, la lampe au néon agonise, vive le Pola !

Jeanne Ably


Le Havre

16 jan

Un film à l’affiche, un article dans le NY Times, une émission sur France Culture, et voilà Le Havre, destination jusqu’à hier ignorée des branchés, qui devient un must.

À deux heures de Paris, la ville, avec ses artères bétonnées d’après-guerre et ses conteneurs métalliques, est à Deauville ce que Marseille est à Aix-en-Provence : un purgatoire. Et pour cause : point de festivals mondains ni de boutique Hermès, mais moult rades miteux et des rues nocturnes aussi désertes qu’une départementale à quatre grammes un mardi soir d’hiver.

Culturellement, des salles de concert et des cinémas historiques qui ferment les uns après les autres.  Un sondage de « l’Express » place la population au 49e rang de celles qui avouent n’aller au théâtre que de temps en temps : trois points au-dessous de la moyenne nationale.

Quid de la gastronomie ? Chose inconcevable en France, Le Havre ne se targue d’aucune particularité gourmande. Pas même un petit resto du port proposant la moindre marmite havraise, ni une boutique du centre ville pour vendre une confiserie locale. Alors, quand Subway ou Mac Do s’y installent, c’est l’hystérie.

Question foot (= religion planétaire), Le Havre, avec son Havre Athletic Club, le plus ancien de France, persiste à perdre tous ses matchs dans son antique stade Jules-Deschaseaux.

Bref, une sous-préfecture a priori crado, moche, beauf, inculte, glauque, mal famée, qui plus est ex-coco !

Mais voilà. Certains, que débecte l’odeur du beau, se mettent à la regarder d’un nouvel œil. En quête d’authentique, ces connaisseurs  lorgnent, depuis leur cité embouteillée, les larges faubourgs et les nombreux espaces verts – dont la gigantesque forêt de Montgeon en plein centre-ville – du deuxième port de France. Ses docks « so british », où il fait bon se promener après le déjeuner dominical – et non après le brunch, encore peu répandu ici –  les font rêver. Ils donneraient n’importe quoi pour emménager avenue de l’Hippodrome à Sainte-Adresse qui leur fait tant penser à Brighton, et se baigner en pleine ville (comme à Brighton) dans la piscine signée Jean Nouvel (architecte très en vogue quoique désastreux), sise dans le quartier de l’Eure, ancien quartier des docks et lieu de boboïsation croissant.

Mais surtout, les Havrais, les vrais, vous l’affirmeront la main sur le cœur et les yeux dans le vague : leur ville est unique, tant là bat un vent de nostalgie et de poésie, souvenir des grands paquebots. Est-ce parce qu’elle a été dévastée pendant la guerre, qu’elle a inspiré à Sartre La Nausée, et qu’elle a abrité René Coty (qui fut le président d’une France heureuse), puis son descendant direct, l’excellent écrivain Benoît Duteurtre, romancier des « Pieds dans l’eau » (sans compter Raymond Queneau, et aujourd’hui l’extraordinaire guitariste de jazz Hugo Lippi, le réalisateur Mathieu Serveau, le groupe rock électro Dick Voodoo et, bien-sûr, le peintre Dufy qui y est né ou encore Christophe Ono-dit-Bio, brillant écrivain et journaliste).

En tout cas, ces Havrais-là ne cesseront de défendre leur ville natale, même le jour où la mode, se sera détournée d’elle. ET ILS AURONT RAISON.

Jeanne Ably

@Lancelot Lippi

 

Merci à Lancelot Lippi pour son précieux témoignage.


New modestie

9 jan

 

Foin des chaumières normandes et des villas à Guéthary, s’agit désormais de fuir le stress ambiant pour la paix d’une yourte au pied des pistes ou d’une bergerie dans la Meuse.
La crise, la crise : quiconque veut s’assurer les faveurs du public est prié de faire simple. Isabel Marant et Jerôme Dreyfus, gourous de mode et  adeptes de la « new modestie », n’achètent pas une retraite trois étoiles sur la Côte d’Azur mais vont s’exiler dans une cabane des environs de Paris, sans eau ni électricité. Idem pour Beyoncé Knowles qui, outre-Atlantique, joue les Robinsones dans une cabine de dix-sept mètres carrés. Idem encore pour Johnny et Vanessa, lesquels ont installé au fond de leur domaine de mille hectares une caravane pourvue de tout ce qu’il faut de papier à rouler et de guitares sèches. Sans parler des groupes de cosmétiques et des complexes hôteliers qui surfent sur la tendance et rivalisent de formules alléchantes en proposant des spa perchés en haut des arbres et des séjours dans diverses huttes étoilées ou radeaux de la Méduse, moyennant plusieurs milliers d’euros par tête de pipe .

La crise, quelle crise ?

Jeanne Ably

Photo : Bénédicte Fontaine

 

Transgenre

4 jan

Garçon ou fille, difficile de trancher.
Un minois évanescent de poupée russe avec un décolleté de Tomboy  : encore tabou hier, le transgenre, pratiqué depuis la nuit des temps, est désormais à l’extrême pointe de la tendance.
Calvin Klein, Givenchy, tous usent et abusent de la théorie du genre en choisissant pour leurs nouvelles collections des égéries à barbe. Dernier spécimen en vogue, Andrej Pejic, mannequin serbo-croate aux jambes de top model et à la moue de Lolita : il vient de décrocher sans façons ni contrefaçons une campagne publicitaire de soutien-gorge.
Plus d' »il » ou « elle » qui vaillent, la révolution trans est en marche.
Garçon ou fille, si facile de transser !

J.A


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