Archive | novembre, 2010

Succès cinématographique

29 nov

Parlons cinéma. Trois semaines que “Les Petits Mouchoirs” de Guillaume Canet cartonne au box office. Ce, malgré la critique. Pour ne citer que la plus huppée : C’est de régression qu’il faut parler  avec Les Petits Mouchoirs, film aussi vide qu’est grande sa prétention (…) On ignore si Les Petits Mouchoirs  est un film générationnel. Si c’est le cas, on est – pour une fois – heureux de ne plus faire partie de cette génération-là…

    C’est l’histoire d’une petite bande rassemblant un nouveau riche perdu dans ses valeurs matérialistes, un homme-enfant qui ne voit pas plus loin que son dernier SMS, une fille à Birkenstock et cigarettes roulées, un bout-en-train qui cache ses fêlures sous des blagues graveleuses, etc. Traditionnellement chaque été ils se retrouvent au cap Ferret, seulement cette fois le plus drôle du groupe doit rester à Paris pour cause de coma, suite à un accident de scooter. Ses congénères sont tiraillés entre le souci de rester à ses côtés et la tendance de l’homo festivus à partir s’éclater en vacances. La seconde option triomphe, the show must go on. Les joyeux drilles n’en oublieront pas pour autant le moribond : plusieurs caisses de rosé leur permettront de trinquer à sa santé qui se dégrade.

    Guillaume Canet  recherche l’efficacité. Tous ces gens existent, on les connaît, il les réunit en un tableau sociétal cru mais juste. Drame de bobos raconté par un bobo à des bobos, et que les acteurs jouent sans bobo ni  fausse note au son d’une bonne musique.  Que demande Télérama ? Trouve-t-il qu’il pousse dans le genre larmoyant ? S’il y en a qui prétendent n’avoir pas versé une larme à la fin du film, je suis prête à aller inspecter à la sortie le mascara des dames et les lunettes des messieurs.

    Les gens qui n’aiment pas le peuple ont des idées sociales, les gens qui n’aiment pas les enfants ont des idées pédagogiques, dit Pierre Gripari.  À quoi on peut ajouter que les gens qui n’aiment pas le cinéma ont des idées sur  le cinéma et les développent de préférence dans Télérama. Aujourd’hui, pour mériter l’estime de l’auguste critique, le cinéaste doit lui proposer du faux, de l’absurde, de l’ennuyeux et de l’obscène. Ce qui nous fait, nous, mouiller pour de bon nos mouchoirs.

S.A

Dessauce

18 nov

Photo: Blandine Lejeune

 

[desos] n.f. ou adj. (2000) ; s’emploie aussi en interjection exclamative.
Argot dérivé d’argot, sous l’influence probable du portugais “saudade”.
Forme négative de “sauce” (n. m.), signifiant ami, personne avec qui “la sauce a pris”.
Exprime la déception et l’ensemble des choses ou événements considérés comme fâcheux.
Ex. : Dessauce ! J’ai voulu partir ce week-end avec ma nouvelle moto, mais elle m’a lâché au bout d’un kilomètre!  – Cette fille est dessauce, elle rit pas à mes blagues. – Grève des trains, dessauce !  j’ai attendu deux heures à la gare.

S.A

 

La revanche des groupies

16 nov

Qu’est une rock star sans groupie ? Un peintre sans sa muse, un geek sans Mac book 17 pouces, un macaroni sans fromage. La rock star sans ses groupies perd sa raison d’être. Âme, foi, conviction, crédibilité, authenticité, tout disparaît, se volatilise. Et voilà le mythe en perdition : l’idole n’a plus qu’à pousser sa chansonnette dans les salles polyvalentes. Imaginez les Stones animant la choucroute du troisième âge. Face à eux, un cénacle de rhumatisantes au lieu de l’armada de nymphettes piaillant comme des damnées. Grotesque. Impensable.

La groupie remonte à l’âge d’or du rock. Elle participe du trio d’enfer : sex, drugs & rock’n roll. Obstinée, exaltée, dépourvue de tout amour-propre, voire de prudence, et peut-être de bon-sens, elle campe trois nuits de suite devant un guichet clos, grimpe au lierre pour atteindre les balcons, se glisse sous la banquette arrière pour effleurer son idole et lui arracher un autographe, un poil de barbe, une goutte de sueur, un rendez-vous, à la rigueur un viol (juteux procès en reconnaissance de paternité à prévoir) .
C’est l’héroïne balzacienne rampant dans l’ombre des coulisses et réduite à une viande de confort, tout juste bonne à assouvir ce qu’il reste d’instincts primaires au héros après vingt cannettes de Kronenbourg et trois lignes de coke.  En témoigne le mot célèbre de Mick Jagger : « Il n’y a vraiment aucune raison d’emmener sa femme en tournée, sauf si elle a un boulot à y faire. La seule autre raison serait de baiser mais pour ça on n’a pas besoin d’elle.»

        Attention tout de même,  mon vieux Mick.
Les temps changent. La groupie 2010 n’est plus ce qu’elle était dans les années 70. Elle a grimpé les échelons. Elle aime Bénabar. De  simple hystérique dévouée corps et âme et prête à tout (même à se tailler les veines) pour être photographiée au côté de son idole, l’admiratrice 2009 s’est quelque peu vipisée. Mannequin à succès, actrice célèbre, fille de, elle est désormais plus convoitée que sa star, gagnant plus d’argent qu’elle et faisant davantage la une des tabloïds.
Résultat de ce revirement sociologique : elle arbore  désormais  son rockeur à son bras avec la même désinvolture qu’elle accrocherait à sa prestigieuse clavicule l’avant-dernier sac griffé Balenciaga. Has been, le it-bag ! L’accessoire de mode ultime est dorénavant le it-rockeur.

J.A

 Photos : Hélène Pambrun

Dimanche

14 nov

C’est dimanche, que fait notre ami le bobo parisien ?
Il s’habille, comme les autres jours de la semaine. Pas de survêt qui tienne, ni de vieilles tennis (sauf s’il passe le week-end à la campagne : auquel cas, il se fera un plaisir d’extraire aussi des profondeurs du grenier la parka et les bottes Aigle qui agacent l’autochtone).
Le dimanche, le bobo habillé, comme il faut, court les trésors de sa Ville lumière. Point de trêve dominicale pour cet être avide d’entertainment. L’homos festivus, ayant depuis longtemps déserté les bancs de l’église au profit des cabines d’essayage, rejoint la file d’attente de l’expo qu’il faut voir sous peine de mort sociale.
Il est citoyen cette France qui se lève tôt – le week-end, s’entend. La grasse mat’, il se la réserve pour les vacances, sauf quelques dimanches matin quand il est sorti la veille. Ce qui est rare. Guincher le samedi soir est un plaisir de ploucs.
Journée chargée pour le bobo : d’abord brunch entre potes sur le coup de 14 h, ou burger party chez soi ou dans l’un des innombrables restos du canal Saint-Martin et du Marais. Éventuellement, un peu de sport, avant de se goinfrer (pain et fromage, terrible association au dire des adeptes du dukan). Mais abdos et fessiers se cultivent encore mieux  en semaine, après la journée de boulot, avec un coach à domicile.
Et c’est parti ! La journée s’annonce longue. Elle le sera. Le bobo consciencieux rassemblera ses dernières forces pour la sortie du dimanche soir dans un des clubs à la mode ou dans l’un de ces p’tits resto de quartier où l’on claque la bise au patron.
Autre possibilité : un cinoche au  Mk2 quai de Seine, dont on possède la carte illimité pour des film japonais sous-titrés coréen.
Non, le bobo ne zone jamais dans son canapé devant un blokbuster américain en VF en se gavant de chocolat, ou pire, derrière son mac à tchater sur Facebook . Pour rien au monde ce malheureux ne fera ça. Dure, dure, la vie d’un bobo.

J.A

 

Qui suis-je ?

9 nov

@Blandine Lejeune

 

Moi qui la suit partout, moi dont la forme est connue mais pas le fond…

    Elle m’aime, me trompe, et me revient.
    Souvent elle me collectionne. Parfois elle me façonne.
    Comme le chante la talentueuse Camille : On s’est posé trop de questions /To be or not to be / Est-ce que Dieu existe? / Mais pour comprendre la marche du monde / Il faudrait que les hommes m’expliquent / Qu’est-ce qu’il y a dans le sac des filles………..
    Qui a compris qu’entre l’homme et la femme, aussi étroit et prometteur soit l’espace, il y  aura toujours le sac à main ?

S.A

Sacs Sixsoeurs : http://www.sixsoeurs.fr/

Chanteuse française

5 nov

Une de plus !

Après Emmanuel Seigner, Judith Godrèche, Jeanne Balibar, Asia Argento, Claire Keim et j’en passe, c’est au tour de Mélanie Laurent de susurrer dans un micro. Pour être chanteuse, il suffit désormais de multiplier les rôles à l’écran, bons ou pas. Nul besoin de briller comme soprano ni de connaître sa clef de sol. Le stratagème est simple : profiter de sa notoriété, voire de son statut de “fille de” – n’est-ce pas Charlotte !  –, pour rameuter quelques brillants musiciens  et mettre dans sa poche journalistes et blogueurs prêts à aligner les dithyrambes au moindre filet de voix. Ce qui leur vaudra, n’est-ce pas,  à ces psalmodieuses made in France, de partir en tournée aux States sous les yeux ébahis des mélomanes et de tous les musiciens hypertalentueux qui galèrent à Paris dans des sous-sols.

Passons.

Mieux encore, pour faire recette : s’amouracher d’un zicos. Collaboration miraculeuse.  Voyez notre Mélanie et cherchez le Damien Rice. Pas moins d’un album dans les bacs au printemps ! On t’attend au tournant, Mélanie, mais rassure toi : ça ne sera pas pire que Sandrine (Kiberlain).

Allez, on est sympa. On file un dernier tuyau aux comédiennes-chanteuses-qui-ne-savent-pas chanter. Sandrine a désamorcé les critiques en fredonnant : « Elle fait sa Carla. /Elle fait sa Vanessa. /Manquait plus qu’ça. /Elle va donner d’la voix./ Des paroles à tout va. /Manquait plus qu’ça. /Elle se prend pas pour uane poire. /Elle croit peut-être au hasard. /Mais tout ça s’invente pas. /On chante ou on chante pas ./Qu’est-ce que tu crois. »

En effet, manquait plus qu’ça. La preuve en musique.

J.A

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Styliste et thanatopracteur, même combat

3 nov

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Leur métier c’est pareil : ils rhabillent. Ils parent les corps en les couvrant. L’un orne des squelettes pour les faire défiler. L’autre maquille de futurs squelettes qui se sont défilés. Dans les deux cas, étoffes et d’ornements sont rehaussés, mis en valeur par la coiffure et les bijoux.

    Malgré ces points communs, ces deux artistes ont une façon de faire inversée.
Le styliste impose son vestiaire funèbre à la masse festive (cf : article ”mode et religion” ). L’embaumeur remet un peu de gaieté sur son client à l’intention d’une poignée de larmoyants.
Aussi, leur condition sociale est à mille lieux l’une de l’autre.
Quand le premier réussit, on parle de lui durant quatre fashion weeks et Kate Moss lui claque la bise. Quand le second fait simplement son boulot, c’est dans la plus parfaite confidentialité. Et pourtant, celui-ci n’est pourtant pas moins talentueux ni méritant que celui-là.
La mort, la vraie, la réelle, la moche, la définitive, n’est pas en vogue. Son nom même ne se prononce plus. Peu à peu, il se retire des dictionnaires, où “décès”, “disparition”, “départ” le remplacent avantageusement.
Curieuse époque, où le dernier acte de la vie s’absente du discours mais envahit les mœurs.
Le fin du fin aujourd’hui consiste à endeuiller la vie tout en évacuant la mort.
Alors, soyons dans le vent. Habillons-nous de noir, et jouons aux fantômes mais chassons-les.

S.A



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